lundi 8 septembre 2008
Ecrire
- Ecrire, dit-elle... Ecrire l'impossible !
Je l'ai poussée contre le bureau, courbée, pliée sur le plateau, lui faisant écarter et tendre les jambes pour que seule la pointe de ses pieds effleure encore le sol. Affalée, poitrine écrasée sur le vieux bois patiné, elle ne devait plus son équilibre qu'à ses coudes et à ses avant-bras posés comme ceux du Sphinx, en attente...
- Redresse-toi, Julie... On n'écrit bien que dans la discipline du corps !
Elle a rejeté la tête en arrière. Ses reins se sont creusés, ses seins se sont tendus, provocants. Posture improbable, hiératique et obscène. J'ai disposé devant elle une feuille vierge, j'ai glissé un crayon entre ses doigts... Je me suis posté derrière elle... J'ai vu son dos cambré comme un arc, j'ai vu sa croupe ronde, j'ai vu son cul offert, ses fesses bandées sous l'effort, sa chatte en saillie, avide et majuscule.
- Ecris, dis-je... Ecris l'impossible !
Le stylo tremblait un peu dans sa main suspendue au-dessus de la page. J'entendais son souffle, rapide. Elle a posé la pointe de feutre noir sur le rectangle blanc... J'ai agrippé ses hanches, me suis ancré entre ses cuisses, dressé contre sa vulve...
- Guidez-moi, dit-elle... Dictez-moi...
J'ai glissé sur les mots, épelé son désir, récité sa luxure, conjugué son foutre, exploré ses pleins et ses déliés, prise... Pour ne plus la lâcher...
Elle... écrivait... écrivait...

lundi 18 août 2008
Léger désordre
Il y avait là Pierre, Félix, Jacques...
Et Vous bien sûr, qui pour une obscure raison vouliez me faire connaître certains de vos amis. J'ai vite compris que ces amis-là étaient quelques uns de vos prétendants, des hommes que vous n'aviez jamais eus mais dont l'évocation accompagne encore souvent vos caresses solitaires. Pour faire bonne mesure, j'étais venu avec Mathilde que je n'avais pas vue depuis longtemps et qui semblait vouloir rattraper le temps perdu... Une soirée...
Il aurait pu se faire que l'on se contente d'évoquer nos vies respectives, de boire et de rire. Mais quelque chose dans la moiteur de cette nuit où l'orage menaçait, l'attitude de Mathilde qui par défi me prenait par la taille ou posait ses mains sur mes fesses chaque fois que je vous adressais la parole, ou encore votre compagnonqui n'avait de cesse d'évoquer plaisamment le jour où il vous livrerait à l'un de ses amis... quelque chose devait dérégler nos sens ! La conversation prenait un tour inattendu. Quelqu'un a évoqué l'impondérable des rencontres. Pierre disait qu'il aurait pu vous épouser, Mathilde racontait à Félix comment j'avais, une nuit d'ivresse, fait l'amour à Elodie croyant que c'était elle. Jacques prenant ma défense, affirmait que dans certaines circonstances et dans le noir, une femme serait bien incapable de reconnaître son amant... Vous protestiez ! Je ne sais qui proposa de vérifier séance tenante et réclama des foulards que l'on noua promptement sur vos yeux et ceux de Mathilde...
Et l'on vous effleurait de nos mains, de nos doigts, de nos cheveux que l'on passait sur vos joues qui rosissaient un peu, sur vos bras dénudés, sur vos genoux découverts. Vous poussiez l'une et l'autre de petits cris rieurs et vous ne nous reconnaissiez pas, bien sûr. Alors, vous avez tenté de tricher, palpant les étoffes pour identifier une texture, un blouson, un pantalon... J'ai vu Mathilde poser carrément une main sur la braguette de Félix tandis que vous tâtiez innocemment les fesses de Pierre... "C'est vous, c'est vous !" Vous vous exclamiez au hasard, d'autant plus perplexe que Jacques s'enhardissait d'une main sous votre jupe. "Non, c'est toi !" Vous sembliez sûre de vous mais personne ne savait de qui vous parliez. La confusion était totale.
C'est Mathilde qui la première déclara qu'il faisait vraiment trop chaud. C'était vrai. Mais était-ce une raison pour qu'elle retire son chemisier ? La générosité de ses seins sous la dentelle noire de son soutien-gorge eut un effet dévastateur. Jacques, qui à mon avis avait bu un verre de trop, la fit se lever puis descendit le zip de sa jupe qui glissa très lentement le long de ses cuisses avant d'atteindre le sol tandis qu'un silence moite se faisait dans notre petite assemblée. "Que se passe-t-il, avez vous dit... On ne joue plus ?" Il y eut pour vous répondre deux ou trois paires de mains qui entreprirent de vous dévêtir, mais si délicatement que vous n'avez pas protesté...
Vous deviez vous demander qui osait... Qui déboutonnait votre robe, qui vous effleurait soudain le bout des seins, quelles mains saisissant votre culotte la descendaient avec lenteur, quels doigts frôlaient votre toison... Etait-il seul ? Étaient-ils plusieurs à vous effeuiller ainsi ? Et qui regardait ? L'incertitude vous faisait sans doute désirer que cela se poursuive. A l'abri de votre bandeau, vous n'aviez pas envie de savoir...
Sur le siège voisin, Mathilde subissait le même sort. Vous vous en doutiez... Ce dont vous ne vous doutiez pas, c'est qu'au hasard de ses tâtonnements, elle ouvrait des pantalons, explorait innocemment slips et caleçons… Quelqu'un la guida jusqu'à vous... Elle mêla ses caresses aux nôtres... Cela, vous ne le saviez pas... Imaginiez-vous seulement que nous étions six autour de vous ? Lorsque vous avez senti une bouche tiède se poser sur chacun de vos mamelons, je crois que vous avez renoncé définitivement à compter ! Nous invitant sans pudeur à d'autres caresses, vous avez plongé votre main entre vos cuisses pour suivre du bout d'un doigt le sillon de votre fente et guidant ainsi la langue et les lèvres anonymes qui butinaient votre bouton... Votre autre main qui s'affolait sur votre ventre est remontée sur vos seins aux tétons dressés et vous les avez fait rouler doucement entre le pouce et l'index, fermant les yeux, la tête rejetée en arrière...
La suite fut un peu désordonnée ! On vous faisait l'amour passionnément, et vous ignoriez qui vous touchait, qui vous caressait, qui vous embrassait. Cette main qui palpait votre sein, cette bouche qui léchait votre mamelon, cette queue que vous agrippiez soudain, ce gland qui se frayait un chemin entre vos lèvres… A qui appartenaient-ils? Je vous ai vu sucer deux verges à la fois, les maintenant d'une seule main tandis que de l'autre vous me branliez avec ferveur. Mathilde vous subtilisa votre homme, épuisa d'une fellation magistrale le pauvre Jacques qui s'endormit bientôt dans un coin, ivre de plaisir et d'alcool… Elle entreprit Félix qui s'effondra à son tour.
Plus tard dans la nuit, alors que vos amis somnolaient vaguement, j'ai eu l'idée bizarre de vous attacher ! Vous vous êtes retrouvée les poignets liés au dessus de la tête et toujours aveuglée par votre bandeau, debout, nue, les jambes légèrement écartées, la croupe offerte, impudique … Je vous ai regardée longuement, avivant mon désir au spectacle de votre posture docile et j'ai choisi de rejoindre Mathilde, vous abandonnant dans le noir. Je suppose que vous m'avez entendu quitter le salon, que vous nous avez entendus, dans la pièce d'à côté... Mon souffle, ses gémissements à elle, qu'elle exagérait j'en suis sûr pour attiser votre envie... Le murmure de nos ébats que vous ne pouviez qu'imaginer faisait sans doute ruisseler le désir entre vos cuisses. Je ne souhaitais que cela...
Et ce matin vous m'écriviez ce mot :
"J'ignore combien de temps vous m'avez laissée ainsi, mais il m'a semblé que c'était interminable... Lorsque je l'ai entendue jouir (elle), je priais pour que ce soit mon tour, pour que vous veniez enfin me délivrer de ce manque cruel au creux de mon ventre…"
Vous ai-je fait attendre suffisamment, mon Ange ?
samedi 14 octobre 2006
Retenue
Permettez-moi de vous retenir encore...

jeudi 19 janvier 2006
Nocturne
Je vous ai invitée à vous habiller pour la circonstance : bas anthracite, talons aiguilles et une simple ceinture de smoking en soie noire, bien large qui vous serre la taille, rehausse les courbes de vos hanches et la cambrure de vos reins…
— Et puis ? m'avez-vous dit, cherchant déjà la jupe idéale…
— Et puis, plus rien Anaïs… C’est parfait comme ça : vous savez bien qu’un rien vous habille !
Je vous ai proposé cependant de vous couvrir d’une veste croisée rouge, profondément échancrée, fermée par deux boutons et qui vous arrive à mi-cuisse.
— Et c’est tout ! ?
Dubitative, une moue coquine sur le visage, vous vous adressiez à votre reflet dans le grand miroir…
Ce serait tout ! Bien suffisant pour prendre l’ascenseur, traverser le bar de l’hôtel et le grand hall plein de monde à cette heure-là, s’y arrêter un instant et rejoindre enfin, de l’autre côté de la rue, la voiture que nous avions laissée sur la place… Mais puisque vous insistiez, je vous ai promis de vous donner, tout à l’heure, un couvre-chef tout à fait adapté à la soirée.
Et nous sommes sortis...
Je vous ai abandonnée au rez-de-chaussée : je voulais vous voir évoluer seule parmi la clientèle essentiellement masculine. Vous n'êtes pas passée inaperçue ! Perchée sur vos talons trop hauts, vous aviez une démarche de danseuse et preniez sans le vouloir des airs de gourgandine. Vous avanciez à petits pas, ignorant le battement régulier des pans de votre veste qui s’ouvraient sur le haut de vos cuisses, révélant chaque fois la bordure noire de vos bas.
Nous voici à la voiture... Je feins de vous ouvrir la porte puis me ravise.
— Non... Ce soir, votre place n’est pas là !
Cérémonieusement je vous conduis à l’arrière où je vous ouvre le coffre... Je perçois votre air inquiet mais ne vous laisse pas le temps de protester.
— Un autre détail, Anaïs. Ou plutôt deux détails...
Je vous montre une cagoule de cuir noir. Une cagoule aveugle, percée d’un seul orifice rond à l’emplacement de la bouche, et munie d’un collier pour la refermer autour du cou. Sans attendre, je vous l'enfile sur la tête et serre le collier. Je vois votre bouche effarée qui s’ouvre toute ronde, je vois vos lèvres roses dans leur écrin de cuir noir. Je ne résiste pas au désir de vous effleurer d'un baiser.
— Et le second détail, me demandez-vous enfin ?
— Ah oui, le second détail... vous allez retirer votre veste !
— Mais je n’ai rien dessous !
— Justement... Vous allez voyager nue dans le coffre pour une destination que vous ignorez et je ne vous retirerai cette cagoule qu’à notre retour. Allons !
Comme vous ne semblez pas vouloir vous décider, je déboutonne votre veste et vous la retire... L’éclairage public me révèle une silhouette étrange. Hauts talons, jambes allongées, guipées de noir jusqu’en haut des cuisses, ventre doré où buissonne un petit triangle d’ombre, la taille prise dans votre ceinture de soie ajustée, seins hauts et ronds dont les bouts tendus sont comme deux yeux rivés sur moi. Et cette tête encagoulée de noir où s’ouvre le trou rond de votre bouche qui voudrait crier... Vous êtes là mais ce n’est plus vous ! Vous êtes une autre, inconnue, docile, soumise... Et je sais bien ce qui se passe sous votre masque : ne voyant rien vous vous sentez vous-même une autre, paradoxalement libérée.
Le bruit d'une moto qui passe vous ramène à la réalité : à tâtons, vous repérez la voiture et m’offrant un instant la vision de votre admirable cul, vous grimpez dans le coffre où vous vous lovez comme un animal farouche mais dompté. Une petite femelle dont la fente humide suinte de peur et de plaisir...
— J’oubliais, dis-je en m’approchant : il y a un troisième détail...
A l’anneau de votre collier je fixe une chaîne... Et je referme le coffre.
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