vendredi 14 août 2009
Saisons
- Tu entends ?
- ...
Il y a le sable du silence qui égrène le temps, des souffles retenus et des effleurements de doigts. Derrière le vieux charme, la lune glacée se lève et trace sur les draps des signes froissés, muets et bleus.
- Ecoute... Ecoute bien !
Elle dit :
- Tu devais écrire notre histoire...
J'écris notre histoire...
D'une saison à l'autre, je me souviens. J'écris notre histoire.
Elle dit :
- J'ai froid...
Le froid va nous prendre... Ferme la fenêtre.
Et l'été reviendra, dans notre histoire ?
Tu es l'Eté, mon amour...
Et le Printemps, et l'Automne, et l'Hiver aussi : tu es toutes mes saisons.
Mon solstice et mon équinoxe.
Je ne veux pas bouger, ni ouvrir les yeux...
Je ne veux pas me réveiller ni me lever pour fermer la fenêtre : quand je reviendrai tu ne seras plus là...
Je le sais...
Je ne veux pas le savoir.
Pas ce soir...
vendredi 28 novembre 2008
Lettre à une Inconnue
Mon Inconnue, ma chère Inconnue…
Cela fait si longtemps…
Si longtemps que je ne vous connais pas !
Si longtemps, que mes pensées ont eu tout le loisir de vagabonder sur votre absence, d'en dessiner les contours et les courbes, de caresser vos hypothétiques desseins à mon égard, de butiner sur le bouquet délicat de vos désirs les plus secrets… Je rêve de vous, je l'avoue puisque je vous aime, et mon âme tout entière occupée par vos sortilèges n'aspire plus désormais qu'à l'exquise fusion de nos souffles…
Vous m'êtes indispensable, ma Précieuse. Vous m'accompagnez de vos rires légers, vous me nourrissez de votre lumière opaline, vous m'apaisez de votre transparence… Comme j'essaie moi-même d'être pour vous ce rêve insensé que vous faites toujours, depuis vos premiers émois de jeune fille, d'un amant vigilant, attentif à votre bonheur de tous les instants… Vous êtes celle par qui je suis...
Vous êtes ma source, je suis votre sourcier.
Je suis votre orage, vous êtes ma terre fertile.
Je suis votre montagne, votre roc
Vous êtes ma douce et riante vallée.
Vous êtes mon Eden...
Venez, mon Inaccessible.
Je vous attends…
Viens...

lundi 3 novembre 2008
Vol de nuit
Sa main a glissé et s'est posée délicatement sur ma cuisse gauche...
J'allais m'endormir. Je crois... Je ne me souviens pas exactement. Ce n'est jamais facile de se souvenir exactement... Je veux dire, l'enchaînement des choses. On retient des parcelles, des débris, puis on les assemble pour en faire une histoire, et on croit se souvenir...
Deux heures plus tôt, elle s'était présentée au contrôle d'embarquement juste devant moi. Je l'ai remarquée à cause de l'attitude de l'agent qui, après le portique, lui passait le détecteur manuel sur tout le corps. Il me semble bien que je me suis interrogé sur la façon dont elle aurait pu dissimuler quoique ce soit sous ses vêtements. Bras écartés, elle s'était laissé faire, l'air absent, jusqu'à ce que le préposé remontant son appareil trop vivement lui retrousse la jupe sur ses fesses. De jolies fesses moulées dans un slip de satin blanc... Elle s'était retournée, un peu embarrassée. Elle avait vu que je la regardais, elle m'avait souri d'un sourire penaud, presque enfantin, puis elle avait rassemblé ses bagages et disparu dans la foule des passagers...
Après, je ne me souviens pas bien. J'ai fait comme tout le monde je suppose : j'ai attendu l'embarquement et j'ai tué le temps en buvant un café, en cherchant un hypothétique cadeau de dernière minute dans un duty free. Je l'ai peut-être aperçue de loin tandis qu'elle achetait un livre. C'est ça... un gros livre à la couverture colorée, juste avant que l'on nous appelle pour l'embarquement. Après… Après, je ne sais pas. Il y a eu le sourire de l'hôtesse, l'inévitable piétinement dans l'allée, l'odeur écœurante du kérosène…
J'étais déjà installé lorsqu'elle est arrivée. Fauteuil près du hublot, à ma gauche... Gymnastique habituelle, contorsions diverses pour ranger les sacs dans le coffre, on se marche sur les pieds, elle lève les bras, je vois son nombril, je lui donne un coup de main, je la laisse passer, on se frotte un peu, ses seins tutoient brièvement mon torse, visages à cinq centimètres, nos yeux se croisent puis on regarde ailleurs... On s'assied. "Bonjour... Bonjour ! Oh, je vous ai vu au contrôle... Oui, moi aussi..." Elle rougit. Je crois. Peut-être pas ! Dans une histoire, ce serait bien qu'elle rougisse à ce moment là. Mais non, en fait.
Après le repas, la cabine a été plongée dans la pénombre. Il restait encore cinq heures de vol. Elle s'est enroulée dans sa couverture pour dormir. Un peu après, elle m'a demandé si elle pouvait mettre la mienne en plus... "Enfin, sur nous deux, comme ça... C'est mieux, non ?" En réalité je ne sais pas trop comment c'est arrivé, mais nous nous sommes retrouvés sous les deux couvertures, comme un vieux couple habitué aux vols transcontinentaux. Elle a même relevé l'accoudoir central parce que ça lui faisait mal, là... Puis elle a dormi ! Du moins elle n'a plus bougé, et moi je n'osais pas trop bouger non plus parce qu'elle a laissé tomber sa tête sur mon épaule gauche et que je ne voulais pas la déranger. Elle était recroquevillée, les jambes ramenées sur le siège, en chien de fusil, la main droite sous son menton, la joue contre mon épaule et le bras gauche sur son genou qui s'appuyait sur ma cuisse... Difficile à expliquer... Mais en gros c'était comme ça. Une sorte d'intrication complexe de membres dans la tiédeur inattendue de couvertures sous lesquelles je trouvais que ça sentait bon...
Et donc, sa main a glissé sous les couvertures. Elle a glissé, ou alors ça s'est passé autrement, je ne sais pas trop parce que, justement, je commençais à m'endormir. Sa main s'est posée délicatement sur ma cuisse gauche. Voilà. Ça j'en suis sûr ! Même que dans mon demi-sommeil je me suis cru chez moi avec la main de Légitima qui s'agitait doucement sur ma cuisse. Parce que sa main a opéré une tranquille reptation vers le haut jusqu'à se retrouver là où je ne pouvais pas imaginer une heure plus tôt qu'elle se retrouverait ! Et je me souviens alors avoir été très perturbé parce que ma ceinture était défaite et mon pantalon vaguement ouvert ! Il se trouve que lorsque je voyage en avion, je retire toujours mes chaussures et j'ouvre mon pantalon... En général, personne ne le sait. Mais là...
J'ai d'abord retenu ma respiration...
Je me disais que si elle se réveillait, elle prendrait peut-être ça très mal. Mais en définitive, je ne suis plus très sûr aujourd'hui qu'elle dormait et je ne sais plus au juste ce que je pensais. Je me demande d'ailleurs si je pensais quelque chose. Sa main s'immisçait franchement, se jouait des obstacles, pour se saisir enfin de ce qu'elle ne pouvait plus manquer de trouver à ce stade. J'ai repris ma respiration au rythme tranquille de ses mouvements et pour ne pas être en reste, j'ai laissé ma main gauche partir en exploration entre ses cuisses. Je trouvais ça, dans la promiscuité de la cabine et la rumeur sourde des réacteurs, extrêmement osé mais terriblement excitant. Est-ce que j'ai été plus surpris par l'humidité de la petite culotte rencontrée en chemin ou par le fait qu'elle prenne discrètement une position plus confortable ? Je ne sais plus... Cela fait partie des détails que j'ai oubliés. J'ai juste le souvenir d'une peau tiède, d'une toison fine et légère, de l'infime ondulation des couvertures sous lesquelles elle avait disparu entièrement... Je me souviens aussi du moment où j'ai senti sa bouche gober mon sexe et l'ineffable contraction de sa chatte autour de mes doigts…
Comment nous sommes-nous réveillés ? Je me souviens de la collation du matin, juste avant d'arriver à Paris, du café brûlant et d'un croissant dont les miettes s'éparpillaient sur les couvertures chiffonnées à nos pieds, de sa main crispée sur la mienne à l'atterrissage, de l'empressement des passagers à quitter l'appareil… De sa jupe qui dansait alors qu'elle allait récupérer ses bagages… Et puis je ne l'ai plus vue ! Je ne sais pas pourquoi mais c'est un fait : je ne l'ai plus vue. Je ne sais pas comment je l'ai perdue. Je ne sais pas si elle m'a cherché, si elle m'a attendu quelque part…
Un jour je me suis dit que tout ça n'était jamais arrivé ! Je ne connais même pas son prénom. Je n'ai qu'un vague souvenir de son visage, des visions fugaces, l'illusion d'un parfum très doux qui pourrait bien être "Vol de nuit"… Des débris d'histoire. Mais non, je ne sais plus… De même, je me suis toujours demandé depuis d'où je tenais ce slip de satin blanc retrouvé dans ma poche lorsque plus tard, à Roissy, je cherchais de la monnaie pour payer la navette…
vendredi 12 septembre 2008
Froide nudité anatomique
Jeu de regards...
Celui médecin, celui du crâne, celui du spectateur voyeur.

Et à quoi pouvait donc penser le modèle ?
Peinture de Gabriel von Max
samedi 26 juillet 2008
Lux vesperis
De minces rayons de soleil filtrent par les persiennes, bousculent des galaxies scintillantes de poussières en suspension et s'étalent en petites flaques dorées sur son ventre où perlent d'infimes gouttelettes brillantes de transpiration...
La tête légèrement inclinée, ses cheveux bruns en cascade sur les épaules, l'Ange somnole sur le grand lit. Aux fenêtres, les longs rideaux de voile blanc faseyent mollement. D'une maison voisine s'échappe un air nostalgique, une mélodie jouée au piano... "India song", je crois... La vie s'écoule, paresseuse.
D'un doigt, je frôle son buisson aux reflets ambrés...
Elle frissonne.
D'un doigt, j'effleure la courbe de sa motte...
Elle soupire.
L'indistincte rumeur du bourg me parvient de la rue, de l'autre côté...
Un rire fuse, des ombres passent derrière les volets...
Une autre vie s'infiltre dans la chambre où s'arrête le temps...
D'un doigt je caresse la fente humide de l'Ange...
Elle ne bouge pas, mais je sens sa main qui saisit ma verge.
Doucement. Et qui me branle.
Doucement...
lundi 17 décembre 2007
Immobile désir
Pour Elle, qui a des envies bien singulières...
La vieille horloge du couloir ponctue de son tic-tac paisible la rumeur affûtée des gouttes sur la terrasse. Enveloppés de draps blancs et de pénombre, nous écoutons la pluie qui nous a réveillés. L'un contre l'autre, les pleins dans les creux comme des petites cuillères sagement rangées. Emboîtés. Son dos sur mon torse et ses fesses sur mon sexe, mon sexe entre ses fesses…
Frottement léger sur les volets de bois… Mollement agitée par le vent d'ouest qui se lève, une branche du tilleul bat, et scande la mesure lancinante d'une danse sourde. Nos corps ajustés s'accordent à cette berceuse païenne, imperceptiblement frémissent et coulissent… Mon sexe lové entre ses cuisses, sur la moiteur de sa fente…
C'est un long baiser de ses lèvres humides sur ma verge tendue… Ce sont nos doigts qui se retrouvent à l'orée de sa vulve et glissent sur mon gland… C'est le silence d'une caresse immobile…
Nous jouissons sans bouger dans nos mains emmêlées tandis que la vieille horloge du couloir ponctue de son tic-tac paisible le gémissement du vent dans les volets de bois…
mercredi 18 octobre 2006
18 octobre - Des ronds dans l'eau
Marcher à ses côtés est un plaisir, depuis toujours...
Elle s'accroche à mon bras, comme une nef délicate à son remorqueur, et se fait aussi légère qu'un frêle esquif ballotté par le flux de la foule. Je ne connais pas d'intimité aussi complète, ou secrète, que celle-là, au milieu des autres, lorsque je sens sa chaleur traverser nos vêtements, que nos pas s'accordent, hanche contre hanche et que le temps ralentit sa course... Parfois sa tête s'incline un peu, frôle mon épaule, et son "Ivoire" revient encore agacer mes narines et mes sens...
- Vous avez bien failli déclencher une émeute avec votre "Pavé dans la mare"!
C'est vrai ! Avertie de mes égarements faussement littéraires, Sophie lit maintenant mon blog avec assiduité.
- Vous auriez pu me laisser un commentaire...
- Ah, non ! C'est bien assez que vous m'y mettiez en scène pour que je n'aille pas m'exhiber un peu plus. Débrouillez-vous donc tout seul avec votre fan-club !
Y aurait-il un brin de jalousie dans cette remarque ? Sophie ne me laisse même pas le temps de réfléchir...
- Ce qui m'étonne cependant, poursuit-elle, c'est l'application de certaines de vos lectrices à ne pas vouloir lire vraiment et ne pas faire la part d'un second degré, tellement épais soit dit en passant mon cher G, que ce ne sont plus des ficelles que vous utilisez mais des haubans ! Mais d'accord... Admettons que vous vous deviez de rester simple ! A part cela, seule l'intervention de votre contradictrice donne de l'importance à un texte qui n'en a aucune...
... Sans doute ! Sauf peut-être pour son auteur qui, le temps de l'écrire, se donne l'illusion de hurler devant une sinistre banalité, celle du temps qui passe.
- Asseyons-nous...
Le Jardin des plantes est presque désert. Sophie me montre un banc, s'y installe, m'attire contre elle...
- Savez-vous... Les femmes se donnent des airs en prenant de l'âge. Et je sais de quoi je parle !
Elle a retiré ses lunettes pour me regarder de plus près. Ses petites rides au coin de ses yeux bleus lui donnent un sourire de 20 ans. Ses yeux ne changent pas ! Elle ne change pas d'ailleurs, puisqu'elle m'entraîne avec elle depuis toutes ces années, amie, amante, maîtresse... Précieuse, éternelle... Et me donne un baiser qui me porte loin, hors du temps. Elle se lève et s'approche du grand bassin...
Elle s'est baissée pour ramasser des cailloux, les lance dans l'eau dérangeant ainsi les reflets du couchant, considère pensivement les ronds à la surface. Un coup de vent soulève sa jupe. Elle rit, laisse l'étoffe caresser ses cuisses...
- Le drame, me dit-elle, mais vous le savez aussi bien que moi puisque c'est cela que vous dites dans votre billet, c'est que beaucoup de femmes croient devoir se donner une conduite après quelques années... Et là où l'on voit une indifférence pour la séduction et le désir, il n'y a qu'une attitude sociale : la même qui faisait dire à nos mères que les femmes mariées devaient couper leurs cheveux ou qui les empêche aujourd'hui de montrer leurs jambes... Qu'elles ne se plaignent pas d'être prises pour ce qu'elles ne sont pas réellement... Vous aimez ma jupe ?
...
Plus tard... Un visage dans le clair-obscur d'une bougie, des froissements de draps, un murmure...
- Vous lisez encore Michel Houellebecq ? Moi ça fait longtemps que je me contente de ses qua... trièmes de couverture, quand... quand j'ai le temps ! Mais... mais que faites-vous enfin ? Oh ! Ohoui... Mais... Vous n'écri... rez pas cela, n'est-ce pas ! Oui... Tu...
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