lundi 26 juin 2006

Sushi

- A quoi pensez-vous donc, Miriane ?

Elle était en arrêt devant une sorte de phallus d'ébène, une des curiosités que nous offrait cette exposition d'art premier africain… Et son regard, comme ses pensées, semblait se perdre dans des rêves bien au-delà de ce bois sculpté dont l'utilisation originelle ne laissait planer aucun doute…

- Alors ? Ne sommes-nous pas convenus de toujours répondre la vérité ?
- Heu… Vous allez avoir du mal à me croire ! Me revient en mémoire le moulin à poivre que ma tante Rose s'obstinait à mettre sur la table les jours de fête… Ce n'est qu'en voyant ce… cette énorme chose que je comprends soudain les messes basses et éclats de rire de mes cousines lorsqu'elles saisissaient à deux mains l'instrument pour en caresser la forme oblongue et le bout arrondi ! Et je suis d'un coup toute retournée à l'idée de l'usage qu'elles pouvaient en avoir fait parfois, lorsque Tante Rose s'exclamait : "Les filles ! Vous n'auriez pas vu le moulin à poivre ?"

- Miriane, vos étonnements et vos histoires sont une source d'inspiration permanente… Savez vous que je me sers de vous pour écrire ? Que je vous mets en scène ?

- J'ai une question à vous poser, dit-elle en rougissant du bout des joues… Vous me répondrez sincèrement ?
- Je vous écoute…
- Vous vous servez de moi… En supposant que cela m'attire… en le supposant n'est-ce pas… aimeriez-vous et comment aimeriez-vous m'utiliser ? Je dis bien utiliser… Vous voyez ? Et je ne veux pas de vos réponses d'intellectuel !

Miriane rêvait d'obéir et de servir… Et elle remuait là quelque chose de profondément enfoui en moi qui ne demandait qu'à surgir ! Je ne sais pas si les allusions culinaires précédentes m'avaient influencé, toujours est-il que ma réponse ne tarda pas…

- Il me plairait assez de me servir de vous comme d'une table basse pour un repas traditionnel japonais…

Elle ne rosissait plus elle était écarlate et rayonnante !

- Je poserais une belle composition florale sur le sol et je vous demanderais de vous étendre à côté, sur un tatami. Directement sur votre corps, puisqu'au Japon on n'utilise pas de nappe, je disposerais les éléments du repas… Un repas de sushis et de sashimis… Quelques makis, bien sûr… Vous savez que ces repas s'organisent généralement autour d'un thème. Je choisirais le désir… La couleur et la présentation entrent pour une grande part dans leur réussite… Le creux de votre nombril serait le réceptacle pour la sauce de soja, comme un œil noir au milieu de votre monde appétissant… Je m'appliquerais donc à répartir sur vous les différentes pièces, rondelles de concombre sur vos seins, daurade et crevettes en farandole autour de votre ombilic, maquereau, poulpe, saumon dessinant un sexe sur votre ventre, et le thon rouge en fines lamelles, comme une invitation sur votre pubis lisse et que je viendrais cueillir du bout de mes baguettes… Et vous connaissez la vraie tradition ? La bonne manière de consommer les sashimis ?

- N… non, finit-elle par dire…
- Il convient de les enrober de la meilleure sauce qui soit… Prélevée délicatement au creux de votre source…

Elle m'entraîna précipitamment vers la sortie…

- Mais, où allez-vous, Miriane ?

- Je cours chez un traiteur japonais… Vous voulez bien vous occuper des fleurs ?

makis

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mercredi 21 juin 2006

Epigramme

2_gode

Si d'un godemiché à l'avril de votre âge,

Belle Iris vous faites usage,

Je n'en condamne pas l'exercice secret,

Un si joli bijou vaut bien une poupée.

Et c'est dans vos mains un fleuret

Pour vous apprendre un jour l'usage de l'épée.


                            (Anonyme, 18ème siècle)

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mercredi 14 juin 2006

Monologue pompéien

A qui de droit...

Fresque du IV ème siècle avant JC, Pompéi.

pompei

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mardi 13 juin 2006

Voisines (2)

Les histoires de voisines (je devrais dire de voisins ou de voisines d'ailleurs parce qu'après tout les femmes aussi jettent un œil gourmand par leur baie vitrée), les histoires de voisins ou de voisines donc, sont assez ordinaires en fait ! Et comme elles ont souvent le caractère improbable de ces histoires qu'on se raconte pour se faire mousser, personne n'y croit trop… Dommage ! Parce que parfois certains détails piquants les rendent uniques…

L'une des plus inattendues qui me soit arrivé, c'est celle-ci. Parce que je voyais deux scènes en même temps alors que les intéressés, les acteurs en quelque sorte, n'en vivaient qu'une à la fois bien sûr et d'une banalité que seul mon regard pouvait épicer…

De l'autre côté de la rue assez étroite pour que je puisse voir quelques détails par les fenêtres, se dresse un immeuble avec un appartement légèrement en contrebas par rapport à mon bureau... Deux petites pièces en façade : un séjour et une chambre. Il était occupé alors par une jeune femme seule, très bon chic bon genre et légèrement réservée, qu'il m'arrivait de croiser dans le quartier… Un soir de printemps, une certaine agitation fuse de la fenêtre du séjour et attire mon attention : Mademoiselle reçoit trois amis. Je regarde…

Bises, verres, bouteilles : joyeuses retrouvailles autour d'un apéritif qui me paraît bientôt n'être que le prélude d'une virée en ville… Et puis, croquant une dernière poignée de cacahuètes, la jeune femme passe dans la pièce d'à côté et ferme soigneusement la porte de communication. Ses amis ne la voient donc plus mais moi si, par la seconde fenêtre ! Et je suis bien inspiré de poursuivre ma surveillance puisque la voilà qui prestement se déshabille !

Petite culotte blanche, débardeur ajusté, elle s'affaire puis se déplace légèrement et pendant un instant disparaît dans un coin pour réapparaître bientôt avec une nouvelle robe… Elle repasse dans le séjour, se montre, virevolte devant ses copains… et repart dans sa chambre !

Où elle retire de nouveau ses vêtements ! Restant cette fois dans mon champ de vision. Elle est apparemment devant un miroir, vêtue d'un string illusoire ! C'est là que l'histoire prend un tout autre sens et que la banalité d'une scène quotidienne observée à la dérobée est révélatrice… Je me rends compte du plaisir que Mademoiselle éprouve à se regarder. Tandis que les autres, là, à côté, l'imaginent occupée à sa toilette, moi je la vois se caresser délicatement les seins, je la vois réajuster son string, et pour cela (j'ignorais que c'était nécessaire) passer ses mains sur ses fesses, je la vois du bout des doigts évaluer la courbe tendre de son pubis…

Scène d'intimité rare pour un homme, tandis que dans la pièce voisine ses copains boivent joyeusement l'apéritif sans se douter que la fille qui est peut-être en train d'imaginer une fin de soirée avec l'un d'entre eux, prend un soin infini à choisir sa tenue de séduction…

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dimanche 11 juin 2006

D'une seule caresse...

D'une seule caresse
Je te fait briller de tout ton éclat.

Paul Eluard

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vendredi 9 juin 2006

Où commence l'éternité

Un déjeuner de travail. Rien de plus.
Un déjeuner de travail improvisé au bistrot d'à côté, où tout le monde le connaît. Où certains s'étonneront qu'il ait une fille si jeune…

Elle parle, s'anime, le trouble un peu. Sans plus… Juste ce qu'il faut pour qu'il mesure exactement le temps passé depuis... depuis longtemps. C'est bien ! Un rayon de soleil avec son plat du jour, un éclat de rire dans son emploi du temps. Le plaisir d'entendre cette voix fraîche, ce ton décidé, cette absence d'ambiguïté… Juste cela. Sans plus.

Sa fille, oui ! Elle pourrait être sa fille… Vingt ans peut-être, un sourire franc… Son chemisier qui s'entrouvre, une mèche blonde qui tombe sur son œil bleu… Et puis ses mains qui parlent pour elle, qui expliquent, qui ponctuent, qui volettent discrètement au dessus de l'invisible frontière qui les séparent, par convention, au milieu de la table…

Lui aussi parle avec ses mains… Franchit la frontière parfois, comme pour assouplir le protocole, l'inviter à poursuivre... Rien de plus.

Et puis l'inévitable ! Leurs doigts qui se frôlent, sans doute pour mieux s'entendre, qui se figent un instant, suspendus de surprise et qui soudain, tremblent un peu… Juste cela. Ses grands yeux bleus qui n'écoutent plus. Le regardent. D'un autre regard ! Des pupilles qui se dilatent. Imperceptiblement. Accommodation sur l'impossible. Aurait-elle rougi ? La conversation reprend, les doigts s'effleurent encore. Se cherchent, se touchent, se caressent, se retiennent et parlent d'autre chose…

Il voit perler sur sa lèvre une infime rosée, il sent sous la table un pied qui se niche entre les siens…
Et ce regard qui plonge dans le sien, qui le brûle et le bouleverse…
Ce doit être ça, le début de l'éternité…
Juste cela…

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mardi 6 juin 2006

Sexisme ?

  • Un constat… Naïf, mais vraisemblablement porteur de sens :

  

L'iconographie érotique est unisexe !!!

 

 Qu'ils soient masculins ou féminins, les blogs érotiques ne présentent en effet généralement que des images de femmes. Des femmes prises sous toutes les coutures, dans toutes les positions même les plus scabreuses, un flou artistique, un éclairage subtil ou un léger "bougé" suffisant alors à revêtir le nu de son caractère érotique, donc passe-partout…

 On pourrait en conclure assez superficiellement que le mâle fantasme sur le corps féminin dénudé (on le savait déjà en fait) et qu'il le donne en représentation par plaisir autant que par provocation, se flattant ainsi par la même occasion d'être "celui par qui le scandale arrive"…

Que dire alors des femmes qui, hormis la publication devenue traditionnelle, comme par défi, de photos d'individus hyper bodybuildés, exposent des femmes ? N'ont-elles aucun intérêt pour le corps de leurs compagnons ?

L'examen minutieux de quelques rares exemples contraires laisse imaginer un début d'explication : l'homme porteur d'un sexe qui se voit trop n'est pas photographiable ! L'anatomie féminine permet toutes les audaces photographiques, jusqu'à suggérer assez précisément et plein cadre son désir et son plaisir, tandis que celle de l'homme, trop encombrante, décourage toutes les bonnes volontés :

"... Coupez ! Il y a quelque chose qui dépasse…"

 

Alors ? Votre avis ? Photos d'hommes ou pas ? Et devons nous définitivement cacher ce sexe que personne ne saurait voir ailleurs que dans des sites franchement pornographiques ?

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vendredi 2 juin 2006

Nuits câlines

J'ai des périodes comme ça où l'envie me prend de partir à la dérive, la nuit, de casser ma boussole et d'aller me perdre dans les bars ! Je me découvre un talent fou pour les repérer ! De l'un à l'autre, cabotage alcoolique et musical. Je fais les "fermetures", ces moments recherchés par les noctambules en quête d'une dernière histoire, d'une dernière rencontre qui reculerait encore un peu les limites de la nuit.
Le monde est là, qui se cherche et qui hésite entre deux histoires. Un monde qui voudrait oublier que demain, décidément, ne sera pas un autre jour. Alors je lève mon verre, moi aussi, et m'absorbe dans l'acharnement général à oublier...

Oublier quoi au fait, comme disait je ne sais qui ?
Mais je ne bois que d'un œil...

Hier soir, un autre bar aux lumières tamisées et sa clientèle ordinaire... Un petit groupe dans l'obscurité, qui rit trop fort. Un couple seul au monde qui s'embrasse devant le zinc, un type qui dort devant son whisky... Pas loin, sur un tabouret haut, une brune aux longs cheveux. Trente ou trente-cinq ans. Seule. A ces heures indécises, les jolies femmes seules qui boivent, les yeux dans le vague et le vague au bord de l'âme me bouleversent. Je ne sais quel prétexte elle a trouvé pour m'adresser la parole, ou alors c'est moi, je ne sais plus...

Bavardage sur la bière, sur la musique. Son boulot qui la stresse et qu'elle reprend demain à 8h30... Et que même, à l'heure qu'il est, elle ferait mieux de ne pas dormir... Conversation de bistrot. Je ne lui demande rien, mais elle me trouve sympâaaaa, puis vraiment trop sympa et bientôt trop trop mignon  (là, je ne peux plus la croire). Elle me dit ça d'une voix qui frôle l'orgasme. Elle me donne son téléphone (je vois qu'il manque un chiffre, elle me dit que non), je lui donne le mien pour la forme, celui d'un copain en fait, histoire de rire un peu !

Demain nous serons dégrisés...

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lundi 29 mai 2006

Justine en son grenier...

Quelle chaleur !
La vénérable mamy était partie pour une sieste interminable à l'ombre du figuier et Justine tournait en rond dans la grande maison silencieuse.

Elle l'aimait bien, cette vaste et vieille bâtisse écrasée sous le soleil de la garrigue. Elle l'aimait bien, mais elle s'y ennuyait un peu, Justine, lorsque pendant deux semaines d'été elle tenait compagnie à grand-mère qui du reste, passait son temps à dormir...

Mais quelle chaleur ce jour-là !

Elle traînait d'une pièce à l'autre, pieds nus sur les dalles centenaires pour trouver un peu de fraîcheur. Elle n'avait plus sur elle que son débardeur et sa petite culotte de coton : du haut de leurs portraits poussiéreux, les ancêtres lui jetaient des regards réprobateurs ! Elle aimait ça, Justine… Ce petit goût d'interdit, sa presque nudité dans la respectable demeure pleine de souvenirs d'enfance, de silence, d'ombres et de sourds éclats colorés tombés des vitraux sans âge qui ornaient l'escalier monumental…

Elle aimait tellement ça qu'elle crut pouvoir, mutine, les provoquer en soulevant son tee-shirt ! Trois heures sonnèrent, aigrelettes… Le débardeur vola par-dessus sa tête et paresseusement, Justine monta les marches en colimaçon, frottant à la pierre blanche et froide ses  petits seins pointus qui durcissaient un peu.

La chaleur suffocante du grenier et les souvenirs lui donnèrent le vertige… Enfant, elle avait là tous ses trésors. Elle retrouva la grande malle où dormaient des jeux oubliés, une multitude de poupées et… sa longue corde à sauter ! Cette corde aux poignées de buis, patinées par l'usage… En avait-elle fait de sauts et des tours avec cette corde !
Elle la passa derrière son cou puis sous ses bras et s'adossant à l'un des poteaux de la vieille charpente, elle en fit passer les deux bouts derrière et les ramena sur son ventre en rêvassant... Cette corde que Mat, son petit voisin de vacances savait si bien détourner pour des jeux de garçon où elle se laissait entraîner avec Léa, son amie de toujours… Il la coursait dans les bois alentour, inévitablement la rattrapait puis l'attachait à un arbre. Pour la "torturer" disait-il parce que "Grand chef indien devait punir Sale Gamine !" Elle tira sur les deux bouts, les croisa distraitement pour les renvoyer de nouveau derrière le poteau… Justine se souvenait de ces séances de torture qui consistaient en chatouilles diverses… Elle en frissonna de plaisir, passa la langue sur ses lèvres où perlaient quelques gouttes de transpiration… Elle se tordait en tout sens, cherchait à ramener les bouts de corde entre ses cuisses, les remonta devant elle et les fit coulisser dans la boucle du tour précédent… La corde se tendait, s'insinuait entre ses fesses, creusait sur son slip une vallée profonde… Elle gémit un peu, tendit encore la corde…

Il y eut dans le grenier sombre où le soleil filtrant par les lucarnes dessinait dans la poussière légère des dards incandescents, une respiration haletante et quelques doux gémissements mêlés de petits cris. Ligotée à sa poutre, Justine s'abandonna…

- Justine !
Une voix montait du rez-de-chaussée…
- Justine ! Tu es là ? C'est moi, Léa… Justine ! Tu ne devineras jamais avec qui je suis… Nous montons…

Posté par Eronaute à 20:24 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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vendredi 26 mai 2006

La Sulamithe


Qui est celle qui surgit comme l’aurore,
belle comme la lune,
resplendissante comme le soleil,
redoutable comme des bataillons ?

Le Cantique des Cantiques

Posté par Eronaute à 10:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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