mercredi 4 novembre 2009
Madame ***
J'avais passé la nuit chez les ***.
Dans la chambre d'amis, pour être précis. Je suis sûr que Madame aurait apprécié d'autres arrangements, y compris l'absence de Monsieur, mais ce dernier est un peu sourcilleux et Madame a des principes... Le genre de femme qui ne fonctionne que par allusions, sous-entendus et se contente de fantasmes inassouvis. Je ne lui en veux pas mais c'est bien dommage : Estelle *** a tout ce qu'il faut pour entretenir une conversation, des arguments remarquables et j'aime la conversation... Donc, chambre d'amis...
Jolie chambre d'ailleurs. Grande baie, vue sur le tilleul et le massif de rosiers, reproduction au mur d'une Dame de Le Tintoret, accès direct à la salle de bain... Au réveil, j'avais oublié que ladite salle de bain était aussi celle de la chambre de mes hôtes. Et c'est dans le plus simple appareil, nanti de mon habituelle ardeur matinale que je suis inopinément entré dans la salle d'eau. Estelle l'occupait déjà...
Surpris tout nu par quelqu'un qui n'est pas censé le connaître dans cette tenue adamique, un homme a généralement un réflexe assez simple : une main (ou deux, cela dépend autant de son degré de pudeur que de la taille de... ses mains) devant ses génitoires, et hop, voilà qui lui suffit pour se sentir un peu moins exposé ! Une femme... Eh bien une femme, c'est moins évident semble-t-il et c'est surtout dans 90% des cas, assez surprenant. Il faudrait sans doute vérifier (l'enquête est ouverte Mesdames, vous pouvez vous exprimez...) mais j'ai souvent pu observer un réflexe inattendu : les dames cachent d'abord et essentiellement leurs seins avec leurs deux mains et leurs bras ! Dieu sait - enfin je suppose qu'il le sait - que des seins sont attirants pour le regard et qu'ils génèrent bien des fantasmes. Mais tout de même, un sexe féminin ça inspire aussi ! En tout cas, moi, ça m'inspire... Mais non : surprise toute nue par un homme, la dame cache soigneusement sa poitrine, laissant alors son intimité exposée, faute de mains supplémentaires. Bon...
J'entrai donc dans la salle de bain, et Estelle y était nue. Plus exactement, elle ne portait qu'un soutien-gorge qu'elle finissait d'ajuster avec précision...
- Oh, pardon, dis-je en prenant un air penaud et omettant dans ma fausse confusion de cacher ce qu'elle n'aurait pas dû voir mais qu'elle regardait avec insistance.
- Pardon, pardon, répétais-je, je ne savais pas, j'ignorais que, je...
C'était charmant : d'une main, elle retenait une bretelle qui glissait, de l'autre elle cachait inutilement sa lingerie...
- Ce n'est rien, ce n'est rien, dit-elle en rosissant un peu, vous voyez bien que je suis presque habillée...
J'admirai au passage les nuances de la langue française ! Ce "presque habillée" me laissait d'autant plus songeur qu'elle ne semblait guère se soucier du flamboiement auburn de sa toison sous laquelle je devinais une longue fente sombre qui s'étirait paresseusement. L'improbable face à face me sembla durer plus que de raison...
- Mais vous-même, reprit-elle enfin... Oh ! Mon Dieu ! Oh, mon dieuuuu... Je suis tellement confuse !
Elle le paraissait si peu, pourtant.
- Je vous prie de m'excuser, dis-je, je reviendrai plus tard...
- Nooon ! Surtout pas... Restez... Enfin, je veux dire, c'est moi qui... Ou plutôt, je vais... Enfin, ne bougez pas... Je... Faites comme si...
Et d'un coup elle explosa, abandonnant toute réserve :
- Ah, merde, cela fait tellement longtemps que je n'ai pas vu une autre queue que celle de Marc ! Et en plus, vous bandez ! Vous permettez que je regarde ?
Elle regarda...
mardi 20 octobre 2009
Harcèlement
- Eh bien moi je dis que si vous ne postez pas des photos, votre blog, tout le monde s’en fout !
- Peut-être bien Mathilde… Cependant, permettez-moi de ne pas avoir envie de me tirer régulièrement le portrait à poil ! Ça devient bizarre à force…
- Mais puisque je suis votre photographe officielle !
- C’est ce que vous dites ! Je vous rappelle que vous n'avez pas l'exclusivité...
Ça fait un moment qu’on discute comme ça, inutilement…
Elle a débarqué sans prévenir, sous prétexte d’une panne d’eau chaude dans sa chambre ! Faut dire que les coïncidences s’accumulaient ce jour là… Au hasard d’un déplacement, même ville, même hôtel... Et voilà qu’on déambule maintenant dans la piaule, chacun à sa toilette, à ses affaires. Mais elle tout d’un coup, ça lui a pris comme ça, elle menace de me fusiller de son numérique, à bout portant…
- Bon… Vous permettez que je m’habille ?
- Ben non, justement !
Je la regarde du coin de l’œil. Les cheveux défaits, un slip léopard inattendu (où donc a-t-elle trouvé ce machin horrible ?) et la poitrine épanouie se balançant au gré de ses mouvements brusques… C’est qu’elle finirait par me mettre en retard, Mathilde !
- … Et puis je vais vous dire… Ce qui serait plus logique, c’est que je poste des photos de femmes, non ? Un homme, ça s’intéresse aux photos de femmes...
- Oui mais ce sont des femmes qui vous lisent !
- Vu comme ça en effet…
- Et puis zut ! Vais vous en faire des photos de femmes, moi…
La voilà qui boude. Ou qui fait semblant ! Et qui se photographie elle-même, ici, là, le bras tendu… Et qui ne s’intéresse plus à moi…
J’aurais du me méfier un peu… Quand je suis revenu dans la salle de bain elle se tirait le portrait devant le miroir. Pas fait attention… Et clic !
- Et voilà-voilàààààà… Vous aurez une photo mixte, comme ça… Pour faire plaisir à tout le monde ! Et vous la publierez n’est-ce pas ? Sinon je dis à Elodie que vous me harcelez…
Alors voilà...

lundi 31 août 2009
Fruit de saison...
Oui, je sais : une affligeante banalité !
A vrai dire, je n'ai pas pu m'empêcher de lui suggérer de retirer sa culotte en plein milieu du repas. Ce n'était même pas un défi : je savais qu'elle le ferait, ne serait-ce que pour lire alors mon propre étonnement sur mon visage ! C'était juste... comment dire ? L'envie de la savoir nue et celle de deviner dans ses yeux sa propre surprise... Peu importe : Elodie est revenue des toilettes en me fourrant une petite boule de coton entre les jambes, prétexte pour poser un instant sa main sur ma braguette dans un restaurant tout à fait comme il faut où l'on nous prenait sans doute pour un couple très ordinaire. Justement, c'était parfait : nous étions un couple ordinaire devisant de choses et d'autres, avec juste l'envie de savoir ce que cela nous ferait de nous sauter dessus, de nous prendre comme des fous. Et nous avons poursuivi notre conversation...
J'aime penser que nous avions quelque chose à vérifier, elle et moi... En avoir le cœur net en quelque sorte : après quelques petites semaines d'une intense correspondance il fallait bien que nous sachions enfin si le désir évoqué par l'échange de propos coquins et de quelques vues impudiques correspondait à une réelle harmonie ! Et, diable, je crois bien que oui !
Les rue de Paris ont du en voir bien d'autres mais j'avoue que le relief de son petit cul sous sa robe légère m'a embrasé. Au point que dans mon désir d'en savoir plus je n'hésitais pas à lire du bout des doigts et à travers l'étoffe, ses pleins et ses creux, ses monts et vallées merveilleuses où je m'attardais... Jusqu'à ce que, n'y tenant plus, je la trousse enfin contre ce parapet en bord de Seine pour vérifier le moelleux et l'onctuosité de ses rives ! Lui ai-je dit alors (vous l'ai-je dit, Elodie ? Non, parce que vous m'embrassiez à pleine bouche et que, déjà, vous gémissiez en devinant sous le gonflement de mon pantalon la pression de mon sexe sur le vôtre...) qu'elle a une chatte sublime dont l'humide éclosion, même dans l'obscurité est éblouissante ?
Passons sur les détails... Se souvient-elle d'avoir pris plus tard l'initiative de me déshabiller ? De plonger sa main dans mon slip ? Je crois bien qu'elle m'aurait consommé tout de suite si je ne l'avais pas bousculée sur le lit pour voir et dévorer enfin l'effloraison de son fruit mûr, la corbeille et la marchande des quatre saisons avec !
jeudi 25 juin 2009
Escalade (2)
...
Toujours affalée sur sa chaise, ma rescapée revient à elle...
Elle a d'abord jeté un regard alentour puis, de façon comique, prise d'un léger doute elle a brusquement entrouvert sa couverture, comme pour vérifier quelque chose dans l'entrebâillement. Ce qu'elle y voit confirme se qu'elle pressentait : elle est nue. Elle me fusille soudain de ses yeux bleus !
- Et c'est toi qui m'as...
- Et qui veux-tu que ce soit ? Tu aurais préféré geler sur place ?
- Mais merde, tu...
La conversation qui menaçait d'être complexe tourne court. Elle essaie bien de prendre une mine renfrognée mais ce ne doit pas être dans ses habitudes. Elle sourit et ramène sur elle toute la couverture.
- Oui, bon...Ca va. Merci...
- Tu devrais peut-être te changer...
- C'est que j'ai pas de quoi...
- Même pas une petite culotte ? Les filles emportent toujours des douzaines de petites...
- Non ! Pas envie. Fait trop froid ! Ch'uis bien là... On mange ?
- A l'instant chère Marquise ! Soupe soja, jambon, fromage, pain humide...
Au dehors, la tempête se poursuit, inlassable. Pluie à l'horizontale sous les bourrasques, et non loin, un orage qui tourne et va finir par nous tomber dessus.
- Et tu fais quoi demain ?
- La crête des Joumes, puis la Pointe... Et toi ?
- La Dent de l'Ours... On se verra... De loin...
Dans le fracas de la tourmente, un petit bout d'éternité paisible vient de s'installer dans la cabane. En quelques mots, se tisse autour de nous un cocon douillet. On parle un peu, on boit un peu, du thé, du vin... Juste un peu... Je la regarde. Enveloppée dans sa bure de nonne elle n'en est que plus attirante... Le sait-elle ? Comme des bulles inopinées qui pétillent à la surface de ma conscience, me reviennent les images de son corps entrevu. Moi qui croyais ne pas l'avoir regardée ! Des épaules rondes et bronzées, un ventre plat, ses seins et la marque pâle d'un petit soutien gorge sur sa peau hâlée, l'empreinte blanche d'un maillot, un grain de beauté très bas sous son nombril, une toison presque noire... Et la ligne impertinente d'une fente encore muette...
- Tu es seul ?
- Pardon ? ... Là ? ... Oui...
- J'ai froid, dit-elle. Je vais dormir...
Elle se lève. Traverse la pièce...
D'un mouvement ample qui la dépouille de son plaid, elle étale son sac de couchage, s'offre candidement à la lumière des premiers éclairs et disparaît dans le duvet. Je rejoins donc le mien, à côté d'elle, me déshabillant en catimini...
L'orage explose ! Agressif, électrique. La foudre frappe en continu les sommets alentour et renvoie ses éclats par l'unique fenêtre du refuge qui frémit de toutes ses planches. De temps à autres quelques roches dévalent les pierriers voisins, ricochent ici ou là dans un bruit de canonnade.
- Mais c'est quoi, ça, dit ma voisine... La fin du monde ?
- Pas encore. Dors...
- Tu en as de bonnes ! Avec ce bordel... Et puis j'ai froid !
- Fallait mettre un pull... Ou une culotte...
- Et puis non, j'ai pas froid en fait... J'ai peur, voilà ! Pas toi ?
Je me dispense de répondre, parce qu'en réalité je n'en mène pas large ! Je cherche quelque chose pour la rassurer, j'ouvre la bouche pour le lui dire mais reste coi lorsque je vois sa silhouette irréelle se dresser... Son corps luit par intermittence dans le stroboscope des éclairs. Et c'est un ralenti de son mouvement vers moi... Un bras, un autre, des seins tendus dans la lumière, une hanche qui se creuse... Elle se glisse dans mon sac de couchage. Ses jambes se mêlent aux miennes, son sexe contre ma cuisse, le mien sous ses doigts, son nez dans mon cou...
Son odeur, son odeur, son odeur...
- Tu sais... Moi, quand j'ai peur...
mercredi 20 mai 2009
Escalade (1)
Trois-quarts d'heure, et j'y suis…
Sous l'éperon rocheux j'aperçois le refuge où je vais passer la nuit. Demain, je grimperai vers la "Dent de l'ours". Alentour, les pointes enneigées se teintent de rose, de violet, de parme. Magnifique. Si ce n'est qu'au sud une masse de nuages couleur de plomb court vers moi et ne me dit rien qui vaille. Il va tomber des cordes et ce n'était pas prévu ! Trois-quarts d'heure… C'est faisable : j'arriverai avant le déluge. En tout cas, bien avant le mec que je vois en contrebas, petite silhouette orange qui progresse encore sur la vieille moraine…
Le refuge. Une grande cahute accrochée sur une vire, sous un dévers… La porte de bois ouvre sur une pièce unique. Un placard à provisions que chacun veille à ne jamais laisser s'épuiser, un réchaud, une table, six chaises, un vieux poêle à alcool… J'ai une pensée pour les gars du pays qui ont un jour monté cette antiquité jusqu'ici ! Au fond, une modeste mezzanine agrémentée de paillasses : c'est le dortoir ! Huit places, dix à condition de se serrer un peu. Dessous, on entrepose les sacs, les cordes, les chaussures.
Lorsque j'y arrive, le vent se lève, la température chute d'un coup et la pluie commence à tomber, mêlée de grésil tandis que la tempête s'attaque consciencieusement à chaque planche de la cabane qui branle sous la tourmente. Je m'installe : le feu d'abord, l'eau ensuite, pour le thé, la soupe… Et puis deux bols, deux assiettes, puisque de toute évidence j'aurai ce soir un compagnon. Nous échangerons nos itinéraires, nous nous dirons trois mots, les yeux déjà perdus dans le silence : c'est comme ça en montagne. L'essentiel...

J'ai cru soudain que la porte avait cédé sous la bourrasque ! Mais dans l'encadrement une ombre hésite sous son bonnet auréolé de cristaux de glace, avance d'un pas, vacille et s'affale dans mes bras : le jeune type qui me suivait vient de se prendre l'orage et la pluie glaciale. Au bord de l'épuisement et de l'hypothermie, il me fait un petit malaise, paumé à 2500 mètres d'altitude ! Je ferme la porte, vire son sac, je l'assieds tant bien que mal devant le poêle…
Premiers gestes d'urgence, je le secoue, le tarte un peu, le masse et remarque en le malaxant que le gars n'est pas un gars : c'est une fille ! En fait, j'ai eu un doute en découvrant son visage que lui bouffait son bonnet... Mais dans le feu de l'action, j'ai à peine remarqué les sourcils fins, les lèvres pulpeuses, la peau douce : l'objectif c'était de lui retirer ses vêtements trempés, de le réchauffer, de le frictionner. J'en ai eu un autre de doute en retirant sa chemise orange : elle lui collait au corps et ça lui faisait des pectoraux impressionnants. Sauf que ce n'était pas des pectoraux ! Et sous sa chemise, il avait une sorte de brassière, un soutien-gorge de sport en quelque sorte, le genre de truc élastique, sans agrafe ni rien, comme un t-shirt trop court, et moulant... Très moulant. Et en le lui retirant, je n'ai plus eu de doute du tout. Mais c'était étrange : j'ai noté l'information dans un coin de mon cortex reptilien et j'ai poursuivi ce que j'avais entrepris : la déshabiller, et vite parce qu'elle était complètement gelée, pour la sécher et la frictionner vigoureusement... Ses seins humides (Et beaux ! Pas énormes les seins, que j'ai pensé, mais beaux, nom de dieu, avec les pointes turgescentes comme des petites fraises des bois)... Ses seins humides donc, luisaient à la clarté vacillante du poêle. J'ai attrapé une couverture pour l'envelopper dedans puis j'ai retiré ses godasses, ses chaussettes, son pantalon... Et quand je suis arrivé à la petite culotte tout aussi trempée que le reste, j'ai eu une courte hésitation métaphysique !
Très courte, l'hésitation ! Fallait pas tergiverser : j'ai saisi le slip bleu pâle (tiens, ça va bien avec ses yeux, que je me suis dit pour essayer de penser à autre chose qu'à la petite motte inconnue qui bombait sous le coton et que j'allais dénuder...) et je l'ai fait glisser le long de ses jambes...
Elle était affalée sur la chaise, la tête renversée en arrière, les bras ballants, les cuisses légèrement ouvertes. Et dans les vaps... Je crois bien que j'ai eu très peur, là... Putain, tu vas revenir à toi, oui ! Je lui ai enfourné deux sucres dans la bouche, je lui ai fait boire du thé bouillant. Avale merde ! Je lui ai déviré une ou deux beignes que j'ai regrettées immédiatement, puis je l'ai emmitouflée, serrée, frictionnée, massée, cajolée... Je lui ai même mis les pieds sous mon pull pour les réchauffer ! Allez mon Doudou, reviens s'il te plaît... Au dehors, c'était l'enfer : l'orage, le vent, le vacarme de la tempête... Je me suis couché sur elle...
Je ne sais pas combien de temps ça a duré cette histoire mais au bout d'un moment elle a bougé et j'ai entendu une petite voix qui sortait de la couverture :
- Bordel, mais c'est quoi cette connerie ?!
(A suivre...)
mardi 21 avril 2009
Recette locale
Après quinze heures de voyage en train, avion, autobus et attentes diverses... me voici arrivé, dans un hôtel inconnu, avec devant moi cinq heures pour venir à bout d'une crève monumentale et de son cortège de frissons, de coups de fièvre et de maux de tête.
- Alors, en forme ? s'inquiète Chenoa, ma consœur locale venue prendre de mes nouvelles au téléphone.
- Non ! lui dis-je... Qu'est-ce qui est le plus économique dans votre pays : le rapatriement sanitaire ou le transport d'un macchabée ? Dans ce cas il n'y aurait qu'à patienter un petit quart d'heure...
- J'arrive, répond-elle illico...
C'est avec elle que je dois le soir même signer je ne sais quel partenariat lors dune conférence suivie de son inévitable pince-fesses. Je ne l'ai jamais vue : à 6000 kilomètres de distance on travaille par mail, par téléphone et je ne devine d'elle qu'une énergie communicative, une bonne humeur permanente et un sens pointu de la décision dans l'urgence...
Chenoa frappe, entre, m'embrasse chaleureusement et tout de suite, sur un ton qui n'admet aucune réplique :
- Bon ! Je vous prends : on passe au drugstore, je vous pose chez moi...
...Dans un dernier sursaut de lucidité, je réalise que je ne suis pas encore tout à fait mort puisque je note qu'elle a les yeux gris bleu, qu'elle est brune, beaucoup plus jolie que je ne pensais, presque ronde mais pas vraiment (j'adore les fausses rondes ou les fausses maigres, c'est selon), qu'elle porte une jupe courte façon tailleur sport et que sous son chemisier bleu pâle ses seins tressautent un peu à chacun de ses pas...
- ... je vous donne ce qu'il faut, je vous fais une tisane et ce soir vous rugirez comme un lion !
Une tisane ? Pas le temps de protester : elle a déjà saisi mon sac et me traîne jusqu'à sa voiture où je m'affale en lorgnant sur ses genoux... Je me souviens vaguement du drugstore où, plantée devant les rayons elle remplit son petit panier de fioles énigmatiques tout en s'entretenant avec le vieil indien, tenancier des lieux... Le reste est un peu brumeux, entrecoupé d'éternuements, de quintes moribondes et de pointes de fièvre qui doivent avoisiner les 48° à l’ombre...
Un peu plus tard, mollement répandu sur son sofa, je la vois du coin de l’œil s’affairer sur la table du living, trier ses emplettes, mélanger le contenu de ses flacons, réduire un truc innommable en bouillie pour me tendre enfin une capsule grisâtre et un bol de...
- Qu’est-ce que c’est ?
- Chez vous c’est de l’aspirine... Ici aussi d’ailleurs, mais en fait, c’est mieux.
- Ah... Et ça ?
D’un menton dubitatif je désigne le bol fumant...
- Une recette qui me vient de ma défunte grand-mère Micmac. Radical !
- Oui, mais ces choses, là, qui flottent...
- Ne faites pas l’enfant... Buvez ! Et d’un trait s’il vous plaît...
Au point où j’en suis... Une odeur d’œuf pourri, un goût prononcé d’ail, des relents de vase à marée basse... Je bois, puis me rince le gosier d'un arrache-gueule qui doit lui servir à décaper des vieux vernis...
- Ça, c’est un vieil alcool où je fais macérer des testicules de castor... Mais noooon, je plaisante ! Et maintenant, tout nu sous la couverture : faut laisser agir !
- Tout nu ? M’enfin...
- Allez, allez... Et ne vous inquiétez pas des effets secondaires, lance-t-elle en sortant !
Je proteste d’autant moins qu’une sorte de somnolence me terrasse, rapidement peuplée de castors qui me poursuivent, déterminés à grignoter mes bijoux de familles... Pour leur échapper, je cours à poil dans la forêt, attributs ballottant entre mes jambes, tandis qu’une troupe d’indiens les encouragent de leurs chants, menés par une squaw aux seins ambrés et frémissants... Elle vient vers moi, s’agrippe à mes épaules et mon sexe soudainement durci s’érige alors comme un totem monumental au milieu d'une clairière... Le reste est confus...
Je me réveille deux heures plus tard... Dans une forme olympique, frais comme un gardon, vibrant de tous mes neurones, guéri, remis à neuf et nanti d’une érection séculaire plantée au milieu de moi comme un mât de cocagne ! "Vindieu !" me dis-je à mi-voix, "Me voilà bien gaillard..." Vaguement penaud tout de même, j’observe encore l’indiscrète proéminence de la couverture lorsque Chenoa, dévêtue d’une modeste serviette de bain entre dans la pièce...
- Alors, dit-elle... Ça va mieux ?
- C’est à dire que... Ma foi, oui. Redoutable votre tisane dites-donc ! Mais... Comment dire... Les effets secondaires sont un peu... embarrassants !
- J’avoue que je ne maîtrise pas tout dans cette recette... Voyons voir ça...
Elle a un petit air félin qui ne me dit rien qui vaille.
La serviette glisse sur ses hanches
Sa main glisse sous la couverture
La mienne glisse entre ses cuisses
Sa langue glisse sur mes...
lundi 16 mars 2009
De fil en aiguille...
Je flâne, noctambule et solitaire le long d'une avenue déserte lorsqu'une petite voix venue d'ailleurs me tire de ma rêverie…
- Monsieur, s'il vous plaît ! Monsieur…
Une élégante brunette s'agite dans son cabriolet, empêtrée dans sa ceinture et vaguement brumeuse. Son œil pétille toutefois d'une étonnante malice.
- Ils m'ont bloquée… Ne pourrai jamais sortir d'ici, moi… Prise devant, prise derrière… Comment voulez-vous…
Elle rit.
Brusque coup d'accélérateur ! Bruit de verre pilé à l'arrière… Elle enclenche une première vrombissante, torture le volant, finit sa course dans la berline noire de devant dont l'alarme hurlante et clignotante se met en route…
- S'il vous plaît… Vous me sortiriez de…
Elle rit, elle pleure. Je ne sais plus trop. Elle non plus. Adorable… Elle se pousse côté passager, chiffonnant sa jupe qui s'accroche au levier de vitesses. Dans un sursaut menaçant, le moteur cale.
Bon, d'accord…
Vingt-cinq athlétiques coups de volant plus tard et sa voiture enfin dégagée, je tente de prendre congé lorsque…
- Nooon ! Attendez. Je ne suis pas très… Je ne peux pas… Ça vous ennuierait de me conduire jusque chez moi ? C'est juste là… S'il vous plaît ! Vous voulez bien ?
Je lui dirais bien qu'elle n'a qu'à rentrer à pied, que ça lui remettrait les idées en place, que… Mais à l'observer plus attentivement, je suis pris d'un doute. Et si elle allait s'effondrer dix mètres plus loin ? Si elle se perdait ? Si elle se faisait agresser ? Et sa voiture en double file ? Ok, j'ai compris...
Bien droite sur le siège passager, elle remet en place le col de son chemisier, lisse sa jupe curieusement courte tout à coup et me donne quelques indications sur le trajet, la façon de m'y prendre… Droite, gauche, deuxième feu… C'est là. Place libre miraculeuse devant l'entrée d'un immeuble cossu. Sortie chancelante du véhicule, restitution des clefs, remerciements, mondanités… Elle s'éloigne, s'écroule sur les marches, se relève, digne. En larmes… Et merde !
- Vous…
5, 4, 7… non 3 puis A… Bzzz !
Nous passons victorieusement l'épreuve du digicode. Le hall s'inonde soudain de lumière, je nous vois dans douze miroirs à la fois : couple approximatif qui m'est étranger, moi un peu défait à force de la hâler, elle qui s'accroche à moi, petite femme menue, brune, paumée. Belle ! La porte de l'ascenseur s'ouvre, tentante… Se referme sur nous en soupirant...
- Je crois que je vais...
Au milieu du salon où j'ai réussi à la conduire, elle lâche prise, glisse le long de ma veste, s'accroche dangereusement à ma ceinture... S'endort, un sourire d'ange sur les lèvres, tandis qu'un chat persan sorti de nulle part se frotte à mes jambes en ronronnant ! Eh bien, me dis-je, allons-y... Je la remorque plus que je ne la porte jusqu'à une chambre et la débarque sans façon, en travers, sur le grand lit, jambes pendantes.
Elle ouvre un œil.
- Mes chaussures... me déshabiller, dit-elle en se trémoussant.
Ah, non !
Juste la remettre dans le bon sens, lui retirer ses escarpins, me tirer vite fait, bordel ! Un téléphone sonne dans l'immeuble, une porte claque. Le chat miaule à fendre l'âme. Dans ma retraite, je passe devant la cuisine, trouve un paquet de croquettes... Et si elle avait eu un chien, me dis-je un peu rêveur, ou un homme...
Je vais enfin franchir la porte, la refermer doucement quand je suis pris d'un doute, d'une inquiétude, je ne sais pas... J'y retourne. Bref instant de panique : ses vêtements sont en tas sur la moquette et elle repose nue, paisible, sur le jeté de lit bleu ciel... Curieusement, c'est à ce moment là que je vois vraiment son visage, ses cheveux courts et noirs, ses traits fins, ses sourcils finement ciselés en accents circonflexes, sa bouche un peu moqueuse. Elle sourit en dormant, abandonnée à ses rêves d'ivresse ! Elle a passé l'un de ses bras sous sa tête et cela lui remonte tendrement le sein gauche que je vois se soulever au rythme de sa respiration. Le bras droit repose sur son ventre, la main posée comme un papillon sur son léger buisson noir...
Je devine une longue fente sombre...
Je me suis assis sur le rebord du lit pour la regarder... Mon indiscrétion volontaire et son impudeur inconsciente confinent à l'obscénité ! Situation inédite. Silencieux, je l'observe, je grave chaque menu détail, de son corps... La trace d'une cicatrice d'enfance sur son épaule, un grain de beauté sur sa cuisse gauche, un léger hématome sur sa hanche. Je me raconte son histoire, je la fais mienne...
- J'ai nourri votre chat, dis-je soudain à mi-voix...
Je sursaute presque : ce sont les premiers mots que je lui adresse depuis que je l'ai rencontrée. Sortant enfin de ma contemplation hypnotique, je la couvre délicatement d'un plaid qui traîne au pied du lit et me glisse sans bruit hors de la chambre. Il serait temps que je rentre...
Une petite voix venue du fond de l'appartement...
- C'est une chatte... Vous l'aimez bien, ma chatte ?
J'ai tiré la porte derrière moi...
jeudi 22 janvier 2009
Après dîner (2)
Toujours est-il que lorsque nous sommes arrivés à l’Univers, votre bras comme une ceinture chaude et sucrée était autour de ma taille. Nous nous sommes installés. Nous avons rapproché nos sièges, émerveillant ainsi mon ventre de cette intelligente connivence ..

… Et nous sommes arrivés au Pub.
Amarrés l'un à l'autre, chaloupant un peu pour accorder nos pas, mon bras autour de ta taille, ma main aux aguets sur la peau mouvante et tiède, juste à cette hauteur où l'on se dit que les frontières des convenances ne devraient pas exister.
Deux petites marches à monter. Je t'ai poussée devant moi, prétexte à voir onduler tes rondeurs sous ton léger cotillon. Frontière encore : l'ourlet de ta jupe le dispute aux dentelles de tes bas, entre les deux mon cœur chavire… Le bar est tout en longueur et juste après, petite table discrète d'où l'on peut voir sans trop se montrer, où l'on peut se montrer sans le vouloir vraiment. Mon bras laisse ta taille, ma main frôle tes fesses, ta veste tombe dévoilant un instant ton pull tendu sur tes seins qui me narguent, on s'assied l'un près de l'autre, on rapproche les sièges pour étudier la carte.
- Et... Qu'aimeriez-vous ?
Moi, ce que j'aimerais… Tes genoux qui se séparent modestement, le creux de l'étoffe entre tes jambes, la chaleur de ton ventre sous ma main vagabonde, mes doigts qui s'égarent et la moiteur ambrée de ton parfum… Rude whisky aux odeurs de tourbe ? Bière ? Et sa mousse blanche qui déborde de la choppe, s'écoule sur tes doigts, se répand sur tes lèvres… Cocktail explosif ? Et ta bouche qui aspire la paille fluo, ta bouche fruitée sur le bord du verre, ta langue…
- Un verre de vin, peut-être ? Est-ce que vous savez que…
J'ai posé ma main sur la tienne… J'ai pris ta main dans la mienne…
- Oui ?
Je ne pense plus qu'au vallon étroit qui s'ouvre entre tes cuisses, à ta motte bombée sous le satin de ta culotte, aux reliefs de ta fente, aux rives humides de ton ruisselet qu'aucun été n'assèchera jamais… J'envie le verre que tu baises, le cuir de ton fauteuil où tu te trémousses, la bougie dont la flamme danse dans tes yeux...
Et j'envie la voix qui s'écoule de tes lèvres lorsque tu me dis soudain :
- A quoi pensez-vous ?
samedi 3 janvier 2009
Après dîner
Je vous sentais impatiente...
A peine avions-nous terminé notre dessert que déjà vous me pressiez de questions sur la suite de la soirée. Allions-nous rentrer, l'hôtel était-il très loin ? Je m'amusais... Il me tardait au moins autant qu'à vous de vous prendre dans mes bras, de mettre un peu de désordre dans votre tenue, dans vos cheveux, de vous... Dès l'instant où nous nous étions assis dans ce restaurant, je n'avais plus pensé qu'à ça. Je ne voyais que vos lèvres qui s'avançaient à chaque bouchée et lorsque votre genou touchait le mien - le faisiez-vous exprès ? - l'image de vos cuisses que vous deviez serrer et desserrer sous la table, s'imposait, tentante, chaude, brûlante. N'eût été le monde qui nous entourait, j'aurais volontiers plongé sous la nappe pour y déguster comme amuse-bouche le fruit que vous me cachiez encore. Vous doutiez-vous que dès lors se dressait l'étendard du désir ?
Et je voulais que cela dure, je voulais tout et ne voulais pas que cela arrive déjà... Un Pub ? Oui, tout proche, près du théâtre... Devant la grande fontaine, vous avez eu froid. Un coup de vent venu de la mer s'engouffrant entre les immeubles tourbillonnait sur la place. Vous m'avez pris le bras vous vous êtes blottie contre moi et, en même temps que votre parfum, j'ai senti la note sucré de votre désir vous envelopper d'un long frisson qui vous a fait rire... Vous avez serré votre veste sur votre pull et j'ai imaginé vos petits seins nus sous le coton léger, j'ai eu la vision de mes mains les prenant comme deux colombes frémissantes, mes doigts pressant légèrement vos tétons qui se dressaient sans doute, à cause du froid, ou à cause de moi... Je ne savais pas encore...
Et nous avons remonté, hanche contre hanche, la rue Crébillon *. "Père ou Fils ?" m'avez-vous demandé soudain et riant encore... "Je crains fort qu'il s'agisse du père ! Vous auriez mieux aimé qu'il s'agisse du fils, n'est-ce pas ? "
Des vitrines de lingerie nous éclaboussaient de lumière et nous laissaient muets de suggestions grivoises... Votre chaleur irradiait tout mon flanc. Vous imprimiez à mon corps les mouvements de vos hanches, je vous sentais tanguer, chalouper en douceur et cette danse impromptue m'en racontait d'autres, plus charnelles, tandis que du coin de l'œil je devinais votre jupe battre sur vos fesses, arrondir plus encore vos courbes que vous cambriez tout exprès... C'est alors que je vous ai pris votre taille, que j'ai niché ma main sous votre veste, accrochant un doigt à votre jupe où j'ai senti un peu de votre chair tendre et douce... "Voyez : l'Univers ! Nous sommes arrivés..."
* Claude Prosper Jolyot de Crébillon (dit Crébillon fils), écrivain licencieux du 18ème siècle, fils de Prosper Jolyot de Crébillon, auteur dramatique...
dimanche 7 décembre 2008
Amarres larguées
(Réedition)
Manœuvre à virer, la nuit sur le grand fleuve.
Amarres larguées.
Demi-tour sur place, barre à tribord, en avant lentement...
Les Abeilles du port s'activent, vibrillonnent et s'accolent au navire pour de somptueux baisers de métal. Elles tirent et poussent, vont et viennent le long de la coque. Les haussières se tendent et claquent, s'ébrouent, dispersant alentour des cataractes irisées. Les remorqueurs se cabrent dans des bouillonnements d'écume... Le monstre s'ébranle et la proue fantomatique du cargo bientôt me fait face, majestueuse, qui se dresse dans un gémissement de câbles raidis.
Du haut des mats de charge, de gros projecteurs lèchent le ponton de leurs faisceaux, éclaboussent soudain notre voiture et leur lumière blanchâtre illumine un instant la croupe impudique puis la nuque de Douce qui, penchée entre mes cuisses s'affaire et me suce, faisant jaillir la promesse d'un autre voyage...
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