mercredi 11 novembre 2009
Hypnose
En ces temps de recueillement et de commémorations diverses, envie de ressortir de mes tiroirs quelques vieux petits texticules et de me souvenir...
- C'est mon tour, a-t-elle dit. Ce soir je fais ce que je veux…
Agnès à moitié nue m'a poussé sur le bord du grand fauteuil, m'a arraché chaussures et pantalon puis s'est penchée sur moi… Et je n'ai plus vu que le sommet de son crâne. Sa tête et son dos blanc. Comme un grand poisson qui ondulait dans les mers chaudes.
Son dos blanc, et le vieux miroir du fond avec ses bords biseautés, ses traces douteuses, ses illusions, ses diffractions… Agnès fourrageait dans mon slip.
Le vieux miroir de la grand-tante Ernestine - celui de son mariage - me jette un regard glauque. C'est dire qu'elle en a vu d'autres cette psyché décatie ! Et elle en a réfléchi des vertes et des pas mûres et même de toutes les couleurs puisque Ernestine, qui avait fait les colonies au bras de son officier de mari, faisait paraît-il des orgies aussi torrides que tropicales en compagnie de son époux...
Dans les irisations bleutées du miroir, je la voyais gober de gros fruits exotiques le menton dégoulinant de nectar, le sein lourd et vibrant de plaisir... Et tandis que me berçait l'évocation des impudeurs de jadis, des plis d'ombre et des éclats de lumière redessinaient la croupe tendue d'Agnès qui se gorgeait de mon désir…
mardi 12 mai 2009
L'addition s'il vous plaît ! Et vite...
Si je vois un inconvénient à ce que nous rentrions tout de suite ?
Ma foi non, mais ne vouliez-vous pas... Non ? Bon, bon !
Mais finissons au moins notre verre. Ah, vous n'avez pas soif...
C'est de ma... Comment ? C'est de ma queue que vous avez soif...
J'adore la façon dont vous prononcez ce mot...
"Votre queue..." avec ce kheu tout mouillé qui semble clapoter sur votre palais... Dites-le encore... Ah mais pas si fort, que va penser le monde ? Oui d'accord, c'est d'autre chose que vous avez à foutre... J'en conviens... Est-ce une raison pour farfouiller dans ma braguette... Mais non, je ne peux pas descendre mon slip comme ça sous mon pantalon...
Enfin, pas facilement...
Vous, si ? Votre culotte ? Comment ça, vous l'avez retirée ?
Et où est-elle ?
... Ah mais non, pas sur la table enfin !
Quoi ma "Kkheuhe" ? Ben oui, je bande, qu'est-ce que vous croyez... Voilà cinq minutes que vous me branlez, c'est inévitable... Me sucer ? Mais non ! Pas ici... Revenez ! Mais remontez donc, enfin : on va nous voir...
Oui, on va y aller. L'addition et nous partons.
Oui, je m'en doute : vous mouillez...
Que je vérifie ? Mais je vous crois...
Mes doigts... Évidemment... Que je vous... ? Ah mais dites, en effet...
Oui, vous aimez, je sais... Vous adorez...
Oui... Vous...
Mais vous jouissez Agnès, vous jouissez !
lundi 24 novembre 2008
Lecture du soir
Vint une période où Agnès eut quelques exigences...
Des rituels ou des manies qu'elle posait comme une juste contrepartie de ce que je lui faisais subir, disait-elle ! Elle décréta donc un jour qu'elle ne s'endormirait plus le soir sans que je ne lui propose un peu de lecture. Ma voix, disait-elle, lui était désormais indispensable pour trouver un sommeil paisible sans lequel elle ne se sentait plus à même d'entretenir une libido que je trouvais pourtant particulièrement développée... Quoiqu'il en soit, je dus m'exécuter.
Je m'installais donc sur un fauteuil près du lit et je lui lisais quelques morceaux choisis de ma bibliothèque... Elle fermait les yeux, soupirait, se mordait la lèvre et généralement réclamait assez vite ma présence à ses côtés pour débattre et s'ébattre sur ce qu'elle venait d'entendre. Nous convînmes donc de sauter l'étape du fauteuil : je lui fis désormais la lecture mezza voce, allongé à ses côtés...
C'est là que les choses se compliquèrent un peu. Tout ce que je connaissais de la littérature érotique y passa, depuis Sade jusqu'à Françoise Rey, sans oublier Anaïs Nin, Restif de la Bretonne, Clara Basteh et encore moins Casanova ou Musset. Il fallut même que je plonge dans la littérature chinoise qui, entre nous, vaut le détour ! Puis, faute d'ouvrages immédiatement disponibles, j'eus bientôt recours à mes propres histoires. Je les improvisais parfois sur le vif et je lui fis comprendre que tout ce que je lui racontais pourrait bien lui arriver un jour ou l'autre.... Les yeux clos, Agnès écoutait, frissonnait sur certains passages, vibrait aux allusions suggestives. Ajoutant à ma voix la délicatesse persuasive de ses doigts, elle s'agitait sans équivoque sous les draps dont la houle légère trahissait le plaisir qu'elle prenait... Il lui arrivait même de jouir avant la fin de ma lecture. Mais si alors je faisais mine d'interrompre le cours de mon récit, elle réclamait la suite et, tout en poursuivant ses caresses d'une main, pour donner plus de corps à ce que je lui racontais, elle se saisissait littéralement de moi, et me masturbait de l'autre au gré de ses émotions qui montaient de nouveau, aussi sûres que la marée...
Dès lors, l'exercice prit un tour plus sportif ! Je mettais un point d'honneur à résister à ses manœuvres et détournais mon désir croissant au profit d'une lecture plus bandante encore qui me conduisait moi-même au bord de l'implosion ! Entre ses cuisses qu'elle serrait comme un étau autour de la mienne, je sentais ses doigts s'agiter et provoquer un chapelet de spasmes inachevés qui me semblaient s'enchaîner indéfiniment... Haletant sous la torture d'une érection minérale qu'elle entretenait consciencieusement d'une main de velours ou de sa langue mutine, stoïque, je poursuivais... Et je guettais l'orgasme définitif.
Il arrivait, dévastateur, et la laissait inanimée en travers du lit, gisant parmi mes feuillets froissés sur lesquels, enfin, je pouvais lui faire l'amour...
samedi 5 avril 2008
Concerto pour trois
Elle avait rêvé d'un amant suffisamment averti pour la livrer, pendant l'amour, à la concupiscence d'un ou deux autres hommes… Il exposerait ainsi son désir inépuisable à leurs propres désirs, décuplant la violence de ses sens, la plongeant dans l'abîme vertigineux de l'oubli et de la volupté...
… Dans un salon aux lumières diffuses, sur un grand sofa de soie, je lui fais l'amour devant deux témoins... Elle les devine plus qu'elle ne les voit, elle entend peut-être leur souffle et de légers remuements... Elle est nue sous quelques voiles légers, abandonnée à mes caresses, à mes pénétrations répétées, ivre d'une jouissance qui lui semble ne plus devoir s'arrêter. Une nouvelle fois, alors que je cherche encore de ma langue le miel de sa source, elle prend mon sexe dans sa bouche pour le sucer longuement sous les regards avides de nos deux spectateurs qu'elle devine dans l'ombre... Comme dans un rêve, elle se surprend à ouvrir plus largement ses cuisses, tentée de leur montrer mieux encore l'intensité de son désir et le creux de son intimité offerte...
Dans la lumière incertaine que quelques bougies rendent équivoque, elle croit percevoir une ombre qui bouge et qui s'avance... L'un des deux hommes est là, près de nous, et tandis qu'elle étreint toujours mon sexe dans sa main, qu'elle le lèche à petits coups de langue précis, juste sur le bout de mon gland, elle le découvre à demi nu, sa virilité dressée, énorme et tentatrice...
Il lui frôle les seins d'une main, de l'autre lui caresse le pubis sous lequel son clitoris tendu comme une corde de violon vibre et frémit entre mes lèvres...
J'ai pris sa main libre qui s'égarait sur son ventre et l'ai posée doucement sur ce sexe inconnu qu'elle tâte maintenant avec précaution, comme pour le reconnaître et l'apprivoiser. Un sexe de belle taille qui bande comme un dieu ! Je la vois l'entourer de ses doigts, le presser un peu pour éprouver sa résistance, faire quelques va et vient, timides et lents, puis plus assurés, sans lâcher de l'autre main mon propre désir, dressé avec encore plus de force...
Allongée sur le dos, les seins frémissant de ses propres mouvements, elle nous masturbe, nous branle avec passion tandis que nos quatre mains la parcourent, la fouillent et l'affolent, jouant un concerto dont elle règle la mesure, un sexe dans chaque main... Elle jouit maintenant sans discontinuer et cependant que sa chatte palpite et suinte de plaisir, je devine à son sourire gourmand le ton qu'elle entend donner au prochain mouvement ! Elle nous tire vers elle, elle rapproche l'une de l'autre ses mains toujours bien pleines, elle nous conduit vers sa bouche et nous suce tour à tour puis ensemble, se délectant déjà de notre offrande prochaine...
mercredi 26 mars 2008
Hypnose
- C'est mon tour, a-t-elle dit. Ce soir je fais ce que je veux…
Agnès à moitié nue m'a poussé sur le bord du grand fauteuil, m'a arraché chaussures et pantalon puis s'est penchée sur moi… Et je n'ai plus vu que le sommet de son crâne. Sa tête et son dos blanc. Comme un grand poisson qui ondulait dans les mers chaudes.
Son dos blanc et le vieux miroir du fond, avec ses bords biseautés, ses traces douteuses, ses illusions, ses diffractions… Agnès fourrageait dans mon slip...
Le vieux miroir de la grand-tante Ernestine, celui de son mariage, me jette un regard glauque. C'est dire qu'elle en a vu d'autres cette psyché décatie ! Et elle en a réfléchi des vertes et des pas mûres et même de toutes les couleurs puisque Ernestine, qui avait fait les colonies au bras de son officier de mari, faisait paraît-il des orgies aussi torrides que tropicales en compagnie de son époux...
Dans les irisations bleutées du miroir, je la voyais gober de gros fruits exotiques le menton dégoulinant de nectar, le sein lourd et vibrant de plaisir... Et tandis que me berçait l'évocation des impudeurs de jadis, des plis d'ombre et des éclats de lumière redessinaient la croupe tendue d'Agnès qui se gorgeait de mon désir…
lundi 17 décembre 2007
Immobile désir
Pour Elle, qui a des envies bien singulières...
La vieille horloge du couloir ponctue de son tic-tac paisible la rumeur affûtée des gouttes sur la terrasse. Enveloppés de draps blancs et de pénombre, nous écoutons la pluie qui nous a réveillés. L'un contre l'autre, les pleins dans les creux comme des petites cuillères sagement rangées. Emboîtés. Son dos sur mon torse et ses fesses sur mon sexe, mon sexe entre ses fesses…
Frottement léger sur les volets de bois… Mollement agitée par le vent d'ouest qui se lève, une branche du tilleul bat, et scande la mesure lancinante d'une danse sourde. Nos corps ajustés s'accordent à cette berceuse païenne, imperceptiblement frémissent et coulissent… Mon sexe lové entre ses cuisses, sur la moiteur de sa fente…
C'est un long baiser de ses lèvres humides sur ma verge tendue… Ce sont nos doigts qui se retrouvent à l'orée de sa vulve et glissent sur mon gland… C'est le silence d'une caresse immobile…
Nous jouissons sans bouger dans nos mains emmêlées tandis que la vieille horloge du couloir ponctue de son tic-tac paisible le gémissement du vent dans les volets de bois…
jeudi 10 mai 2007
Promenade au parc (suite)
Le lecteur fidèle et attentif se souviendra peut-être d'une "Promenade au parc" que je publiai ici le 4 juillet 2006 dans le cycle "Estivale Agnès"... Cela se terminait ainsi :
"Agnès eut un petit soupir félin... Elle n’avait pas bougé. Ou si peu : ses doigts voletaient mollement entre ses cuisses et perdue dans d'insondables rêveries, elle se caressait..."
Eh bien je ne vous ai pas tout dit ! Il y eut une suite à cette histoire, une suite dont voici le récit...
___
C’est alors que j’ai repéré un mouvement dans un buisson.
Une ombre furtive s’immobilisa.
« Vous avez un admirateur, Agnès ! » Je lui avais chuchoté à l’oreille pour ne pas l’effrayer. Je la croyais prête à s’enfuir et pour la persuader de poursuivre, tenté par son coquillage nacré, je joignis ma main à la sienne. « Ne le décevez pas, continuez. » J’observais notre voyeur, un charmant et tout jeune athlète qui s’enhardissait et ne se trouvait plus qu’à deux ou trois mètres. J’ai invité Agnès à se lever, puis à lui tourner le dos. Elle a trouvé spontanément la meilleure position : jambes écartées, un pied sur le banc et se penchant un peu, elle continuait à se caresser. Sous sa jupe troussée, ses fesses dorées, frappées du mince triangle blanc du bronzage estival, brillaient dans la pénombre et sa chatte lisse que ses doigts exploraient adroitement s’ouvrait comme une fleur délicate, trempée de rosée.
L’autre avait ouvert son jean et commençait à se toucher. Curieusement, je ne supportais pas l’idée qu’il se satisfasse ainsi. J’attendais plutôt qu’il se soumette à nos caprices. « Vous devriez délivrer notre ami » dis-je à Agnès. Elle m'a regardé un instant, incrédule. Ce n’était pas l’envie qui lui manquait et connaissant ses fantasmes je me doutais que cela devait la tenter. Elle voulait sans doute être sûre, sûre de moi… Je lui ai pris la main et je l’ai posée sur la braguette du jeune homme. « Ce garçon ne demande pas mieux que de combler vos désirs et votre curiosité… » Perplexe, notre victime amorçait un début de retraite. Alors, sans plus d’hésitation, elle a plongé sa main dans l’ouverture du pantalon ! Sous la toile qui se distendait et s’agitait mollement, je la devinais en train d’explorer et j’imaginais ses doigts égarés dans un paysage étranger découvrir un gros membre tendu puis l’enserrer, le palper…
Je croyais qu’Agnès allait se contenter de cette reconnaissance lorsque d’un seul et brusque mouvement elle fit jaillir un sexe de si belle taille qu’elle en eut un petit hoquet de surprise. Bandé comme un arc et fièrement cambré, il était coiffé d’un large gland qui paraissait prêt à exploser tant il était gonflé. J’avoue avoir été tenté de le saisir pour en apprécier la fermeté ! « Elle est beaucoup plus grosse que la mienne ! » Habituellement, ce genre de considération faisait sourire Agnès qui me jurait que je n’avais pas à me plaindre. Ce soir là, elle ne m’a pas contredit. Peut-être parce qu’elle ne m’entendait plus… Elle me lançait des regards éperdus, comme pour s’assurer de notre complicité mais je voyais ses yeux gourmands revenir sans cesse sur l’imposant engin qui palpitait, dressé à quelques centimètres de son visage. Prise d’un interminable frisson, elle avait enfoui ses deux mains entre ses cuisses puis, les seins tendus, les fesses effrontément cambrées, elle s’est soudain redressée, secouée de spasmes qui n’en finissaient plus. Agnès jouissait… Elle jouissait en silence, n’émettant qu’un chuchotis léger, une mélopée qui accompagnait le tremblement cadencé de son corps.
Elle vacillait encore lorsqu’en me souriant elle a saisi le sexe du jeune étalon. La respiration courte, elle s’est mise à le branler doucement, maintenant sans peine une impressionnante érection. Fasciné, j’observais ses mains qui allaient et venaient inlassablement le long de l’énorme queue, tandis que pour marquer mon approbation et peut-être pour lui rappeler ma présence, je lui caressais la chatte avec ardeur. Elle était inondée et je sentais sous mes doigts ses lèvres gonflées de plaisir et son petit bouton raffermi par le renouveau de son excitation. « Pas sans vous » dit-elle, et déjà fourrageant dans mon pantalon elle libérait enfin mon sexe. Elle s'est assise sur le banc, et nous, debout face à elle, nous semblions prêts à lui rendre les honneurs, sabre au clair ! Elle nous a empoigné, chacun dans une main et tirant ou poussant fermement sur ce qu’elle avait attrapé, elle nous manœuvrait à sa guise pour nous placer l’un à côté de l’autre. J’ai senti son étreinte se relâcher un peu. Elle a glissé très lentement jusqu’à la racine de ma verge pour empaumer mes couilles et les masser avec d’infinies précautions. Puis serrant de nouveau, elle est remontée vivement, m’étirant la verge avec une ardeur sauvage que j’attribuais à son désir de me posséder.
Mon voisin abasourdi connaissait le même traitement. Elle nous masturbait en cadence, s'ingéniant à varier le rythme pour maîtriser notre jouissance, adaptant ses caresses à ce qu'elle jugeait de notre état. Sans doute voulait-elle nous faire jouir en même temps… Elle nous avait disposés de telle sorte qu’elle nous gardait ensemble dans son champ de vision et je devinais à son souffle rapide, à ses yeux qui allaient sans cesse de l'une à l'autre, le plaisir qu'elle éprouvait de célébrer deux queues à la fois. Emerveillée, attentive, elle les branlait savamment, puissamment, sur toute leur longueur, caressant régulièrement leur bout dilaté à pleine main. Je l'ai vu approcher un instant ses lèvres du mandrin distendu de l’inconnu. Me regardant du coin de l’œil elle attendait une réaction. Oserait-elle ? Elle a ouvert sa bouche gourmande, l’a descendue lentement sur cette bitte impatiente, puis l’a engloutie d’un coup pour ne la sucer qu’une seule fois, au désespoir de son propriétaire. Elle préférait, du moins je voulais le croire, me réserver ce genre de privauté mais je savais aussi qu’elle s’amusait de la torture qu’elle infligeait ainsi à l’imprudent voyeur qui s’était aventuré trop près de nous.
Tout est allé très vite. En quelques manipulations efficaces elle a obtenu ce qu’elle désirait et tandis que nous suffoquions de plaisir elle accompagnait notre double éjaculation d’un nouvel orgasme qui aurait pu lui faire manquer le spectacle qu’elle attendait. Mais elle avait conservé assez de lucidité pour ne pas s’en priver et pour renforcer encore notre complicité amoureuse : riant comme une enfant, elle évitait soigneusement les projections de l’étalon alors que mon bonheur jaillissait en saccades répétées sur son visage.
Nous l’avons laissé ahuri, planté dans l’ombre du parc, se demandant sûrement s’il n’avait pas rêvé…
... Et nous, nous allions main dans la main, penchés l’un vers l’autre, échangeant de menues confidences...
mardi 3 avril 2007
Forum (2 - Instantanés)
Ce fut comme un film que l'on arrête sur une image...
Mieux encore, le fameux effet "Bullet time" de Matrix : je me vis au milieu de la scène, pétrifié, les mains suspendues quelques millimètres au-dessus de la blonde au masque de chat. Toute la salle tournait lentement autour de moi, chaque personnage de l'assistance étrangement figé dans une attitude ordinaire qui, du coup, ne l'était plus. Un homme bousculé, dont la coupe suspendue au bout de ses doigts allait s'écraser dans un jaillissement de champagne... Le regard de sa compagne sur le verre en perdition tandis que sa main droite se crispait sur son sein gauche échappé de son corsage... La toison sombre d'une brune qui décroisait ses jambes, la bouche incarnate d'une autre qui se mordait les lèvres, la jupe courte de la serveuse, furtivement troussée par un quidam, et les cages tendues de velours rouges où des femmes exposaient leur désir immobile... Masque de dentelle, masque d'or, châle écarlate sur buste dénudé. Masques colorés et loups noirs, voiles légers, jambes tendues, poitrines fières, fesses arrogantes...
Agnès était là, vêtue de désir et de nudité, devant une cour médusée...
Je reconnus sa bouche sous son masque vénitien, la gracilité de sa nuque, ses épaules et son ventre hâlé dont la courbe s'enfuyait voluptueusement vers l'ombre de son pubis...
Lentement, la musique reprit, entraînant avec elle la valse lente de l'assemblée, et le déplacement de ma main vers la chatte masquée qui refermait sa bouche sur le sexe de l'homme noir, dressé entre les barreaux comme un mât de cocagne. Je ne saurai jamais ce qui, de l'effleurement de mes doigts sur son intimité nacrée ou de ce gland au contact de ses lèvres, provoqua son extase mais la blonde féline fut soudain secouée de spasmes explicites et lâchant sa proie, redressa la tète et hurla de plaisir en se frottant les seins...
J'eus quelques instants le sentiment d'une nette frustration, vaguement agacé par le rire facétieux que je crus entendre sous la cagoule : apparemment inébranlable, le noir bandait toujours...
lundi 26 mars 2007
Forum (1)
C'est par un escalier de pierre sans âge que j'accédai à la salle du sous-sol…
Sans doute était-ce pour rappeler une époque antique aux mœurs exotiques, que l'on avait suspendu juste à l'entrée, au-dessus de la tenture pourpre, un écriteau de bois gravé de quelques lettres latines : "FORUM"…
Une grande pièce. Une cave voûtée, circulaire, éclairées de bougies et de spots invisibles qui laissaient tomber ça et là de minces faisceaux d'une lumière bleu métallique sur un décor essentiellement rouge : fauteuils profonds, banquettes et canapés disposés autour de quelques tables basses. Aux murs, des draperies lourdes étouffaient le son ambiant au profit d'une musique techno lancinante qui évoquait un rituel païen. La clientèle, triée sur le volet m'avait-on dit, et qui se limitait à une trentaine de personnes, buvait, dansait mollement ou bavardait de façon très civile et s'égayait jusqu'au bar du fond… Curieusement, alors que j'étais moi-même affublé du même accessoire censé garantir mon anonymat, je n'avais pas remarqué immédiatement ce qui faisait l'originalité de l'assemblée : chacun portait un masque. Un simple masque parfois rehaussé de strass ou de plumes, qui ne cachait que le haut du visage, faisant briller certains regards d'une fièvre étrange. De même, ce n'est qu'une fois habitué à la pénombre que je m'attardai sur la tenue de ces dames : tenues sophistiquées en apparence, courtes ou longues, décolletés plongeants sur des poitrines nues ou sévères cols montants, mais pour la plupart, il ne s'agissait que d'un artistique agencement de foulards légers et transparents... Quelques couples ou petits groupes se laissaient aller à de charmants préliminaires : les étoffes glissaient déjà sur des corps nus...
Tout autour de la salle, des rideaux s'ouvrirent bientôt, révélant de petites alcôves. Des geôles plutôt ! Et derrière les barreaux, des femmes... Des femmes ne portant que leur masque, des chaussures et une sorte de longue tunique de mousseline noire fendue de toutes part qui, au gré de leurs lents mouvements, exacerbait leur nudité. Elles allaient donc s'exhiber toute la soirée, jouir de leurs caprices ou de leurs fantasmes et de ceux de l'assistance, s'offrir peut-être. La règle était simple : l'accès des cellules était interdit jusqu'à ce que les prisonnières acceptent d'ouvrir elles-mêmes leur porte aux amateurs les plus convaincants ! Dans cette attente, tout était permis... à travers les barreaux !
Agnès était là, je le savais. Dans l'une de ces cages... Elle rêvait depuis longtemps de participer à l'une de ces soirées libertines qu'offrent certains clubs très privés. Elle avait fait le pari que je ne la reconnaîtrais pas et que je me laisserais sans doute tenter par une belle masquée, qui lui ressemblerait un peu, avait-elle ajouté. Il est vrai que dans cette lumière un peu chiche j'avais du mal à la repérer de loin : j'allais donc faire le tour de la salle... comme tout le monde.
C'est alors que je m'aperçus qu'il n'y avait pas que de belles prisonnières dans les cages ! Il y avait au moins un homme ! Un athlète noir au corps huilé, entièrement nu et portant une cagoule aveugle. Debout, et faisant face à l'assistance qu'il ne voyait pas, il affichait une froide indifférence s'appuyant aux barres faisant ainsi saillir sa musculature côté public. Là, cinq ou six femmes apparemment immobiles le dévoraient des yeux… Puis je vis leurs mains curieuses, empressées, avides qui parcouraient incessamment ce corps dont je compris bien vite que la musculature n'était pas la seule à saillir entre les barreaux. Sous les assauts permanents et répétés des caresses, le sexe de la victime se redressait, offrant une taille remarquable au désir de ses tortionnaires. Une bonne douzaine de mains couraient de toute part, glissaient entre les cuisses massives, exploraient, soupesaient, saisissaient, caressaient, allaient et venaient mais sans précipitation, comme pour faire durer le plaisir. Je vis bientôt s'ouvrir des bouches rondes qui allaient, l'une après l'autre, happer l'objet de leur désir… Une blonde au masque félin qui se baissait pour rejoindre ses sœurs tendit vers moi sa croupe ronde où je vis luire son intimité alors qu'elle gobait en gémissant l'énorme sexe que lui présentaient ses compagnes de jeu. Mes mains ne résistaient pas à l'appel muet de ce coquillage solitaire…
A suivre... (non ?)
samedi 10 février 2007
Les impudeurs d'Agnès
Ainsi, chère Agnès, vous aimeriez que l'on vous fouette !
Et vous oseriez le souhaiter... Je vous soupçonne même de l'envisager sans y croire, rêvant de vous abandonner lascivement à la discipline, captive d'un imaginaire magister et de vos sens tyranniques.
Peut-être suffirait-il d'une ceinture de cuir qui claque sur vos fesses, d'une lanière qui flagelle vos seins ou d'une badine improvisée qui fustige un instant vos chairs pour que la contrainte et la douleur se confondent avec le plaisir de vous offrir ?
A moins que vous n'optiez pour ces jeux badins où l'on vous attache les mains, où l'on vous assujettit, où l'on vous entrave les jambes... pour sentir, dans l'impossibilité provisoire et consentie de bouger, votre désir s'accroître et votre plaisir se nourrir de l'idée délicieuse que l'on disposait de vous…
Et rêveriez vous aussi d'être liée de cordes et autres cordelettes ? Enchaînée, sur d'inquiétants instruments ? Châtiée à coups de cilice, de lanières, de martinet, de cravache ou de chat à neuf queues ? Forcée de subir certains de ces outrages qui dans d'autres circonstances vous paraîtraient inacceptables ?
Mais quoi, chère Agnès, faut-il encore que je vous jette au cachot, nue, les yeux bandés, captive de mes fers ? Ou préfèreriez-vous, le jupon relevé et troussée comme une fille, le carcan en place publique pour y exposer votre délicieuse impudeur ?
- Méchant que vous êtes ! Vous me faites languir avec vos bavardages... Sauriez-vous vous contenter de me baiser, enfin ?
Illustration : Andromeda, Gustave Doré
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