1 - Au Coquelicot de Mademoiselle Rose

 

- Ben alors, Monsieur G, vous laissez pousser vos cheveux maintenant ?
- Ca ne date pas d'aujourd'hui, Mademoiselle Rose. Vous n'aviez pas remarqué ?
- Si, si… Mais…

 Au "Coquelicot", le tabac-presse du quartier, Mademoiselle Rose c'est ma buraliste...
On devrait dire Madame Machin mais comme tout le monde l'a connue avant qu'elle ne convole, on continue à l'appeler Mademoiselle Rose et ça lui va à merveille, je trouve. Elle file sur ses trente cinq ans et elle est aussi mignonne qu'une poupée japonaise, avec ses jupettes d'écolière et ses petits seins ronds qu'elle n'a pas sa pareille pour mettre en valeur. Elle aime bien quand je lui demande de chercher des magazines dans les rayons du bas. Et moi aussi j'aime bien... Parce qu'elle se penche tout exprès et m'offre une vue plongeante dans son corsage qui fait alors comme un nid douillet où frémissent ses deux colombes. Certains disent qu'elle ne porte jamais de soutien-gorge ; moi j'en suis sûr !

- Mais quoi, Mademoiselle Rose ?
- Ben c'est-à-dire… Les cheveux longs pour un homme, ça fait un peu… Comment dire ? Vous voyez ?
- Pas du tout…
- Un peu féminin, quoi ! Pas très viril… M'enfin, je dis ça…
- Vous devriez en parler à Samson !
- C'est qui Samson ? Votre coiffeur ?
- Non ! Laissez tomber… Donc si je comprends bien, plus on a le cheveu court, plus on est viril…
- Oui… Mais je ne dis pas ça pour vous, évidemment… N'allez pas croire !
- Dites-donc, Rose, avec votre mari qui n'a pas un poil sur le caillou, ça doit être quelque chose au lit !
- Oh ! Monsieur G... Vous alors !

Elle rougit, jette un œil inquiet vers l'arrière-boutique et, se penchant vers moi si brusquement que ses petits seins tentent une sortie soudaine de son décolleté, elle baisse le ton :

- Ben justement non. Vous voyez ce que je veux dire ? Il doit y avoir des exceptions ! Il y a toujours des exceptions à la règle. Et vous... c'est peut-être le contraire, non ? J'imagine que vous êtes l'exception virile du cheveu long !

Elle me coule un regard qui en dit long, justement, sur son imagination, puis se reprenant un peu :

- Enfin, bon, voilà... Et alors qu'est-ce qu'il vous faudrait aujourd'hui, Monsieur G ?
- Eh bien, mon tabac comme d'habitude et… Vous auriez toujours cet ouvrage illustré sur les parures et les colifichets du libertinage à travers les âges ?
- Oh ! J'ai eu ça, moi ? Vous êtes sûr ? A moins que… Sur les étagères du haut, là… Attendez, il faut que je prenne mon escabelle…

Et la voilà qui grimpe, gracile et court-vêtue sur son petit marchepied, farfouille posément…

- Et n'en profitez pas pour regarder mes jambes !
- Mais non Mademoiselle Rose, qu'allez-vous penser…

Ce qu'elle pense Mademoiselle Rose, avec un doux frétillement au creux des cuisses, c'est que ce ne sont pas ses jambes que je regarde ! Sous sa jupe qui s'évase en corolle comme un coquelicot, je regarde ses fesses où s'insinue un délicat string mauve qui, dans une exemplaire économie de textile moule à la perfection une bien généreuse petite motte…

- J'ai trouvé ! s'exclame-t-elle soudain. "Colifichets, parures et libertinage dans l'Antiquité"… C'est le titre !

Elle feuillette l'ouvrage, s'arrête sur une page puis sur une autre… "Oh ! Ben ça…  Ben dites… Ah oui…  Ben d'accord… Vous alors…" marmonne-t-elle dans sa barbe. Elle se retourne vivement sur son escabeau, dévoilant du même coup en contre-plongée et en relief le côté face de ses dessous. "Ah, fichtre..." me dis-je in-petto en la regardant descendre, altière.

- Vous, me dit-elle, je parie que vous préparez encore un article un peu olé-olé… Je me trompe ?
- Vous êtes perspicace, Mademoiselle Rose.
- Vous me montrerez ?
- Une lecture privée peut-être ?
- Oh oui, oh oui… Une lecture pour moi toute seule !
- A une condition alors…
- Dites voir…
- Vous mettrez pour l'occasion l'une vos petites culottes mauves…
- Oh ! Monsieur G… Vous alors ! Et ça pourrait être un jeudi ? Parce que le jeudi après-midi, je peux fermer le magasin vous savez… Oh, vous alors, Monsieur G !

 

... et ceci n'est qu'un début !