jeudi 25 juin 2009
Escalade (2)
...
Toujours affalée sur sa chaise, ma rescapée revient à elle...
Elle a d'abord jeté un regard alentour puis, de façon comique, prise d'un léger doute elle a brusquement entrouvert sa couverture, comme pour vérifier quelque chose dans l'entrebâillement. Ce qu'elle y voit confirme se qu'elle pressentait : elle est nue. Elle me fusille soudain de ses yeux bleus !
- Et c'est toi qui m'as...
- Et qui veux-tu que ce soit ? Tu aurais préféré geler sur place ?
- Mais merde, tu...
La conversation qui menaçait d'être complexe tourne court. Elle essaie bien de prendre une mine renfrognée mais ce ne doit pas être dans ses habitudes. Elle sourit et ramène sur elle toute la couverture.
- Oui, bon...Ca va. Merci...
- Tu devrais peut-être te changer...
- C'est que j'ai pas de quoi...
- Même pas une petite culotte ? Les filles emportent toujours des douzaines de petites...
- Non ! Pas envie. Fait trop froid ! Ch'uis bien là... On mange ?
- A l'instant chère Marquise ! Soupe soja, jambon, fromage, pain humide...
Au dehors, la tempête se poursuit, inlassable. Pluie à l'horizontale sous les bourrasques, et non loin, un orage qui tourne et va finir par nous tomber dessus.
- Et tu fais quoi demain ?
- La crête des Joumes, puis la Pointe... Et toi ?
- La Dent de l'Ours... On se verra... De loin...
Dans le fracas de la tourmente, un petit bout d'éternité paisible vient de s'installer dans la cabane. En quelques mots, se tisse autour de nous un cocon douillet. On parle un peu, on boit un peu, du thé, du vin... Juste un peu... Je la regarde. Enveloppée dans sa bure de nonne elle n'en est que plus attirante... Le sait-elle ? Comme des bulles inopinées qui pétillent à la surface de ma conscience, me reviennent les images de son corps entrevu. Moi qui croyais ne pas l'avoir regardée ! Des épaules rondes et bronzées, un ventre plat, ses seins et la marque pâle d'un petit soutien gorge sur sa peau hâlée, l'empreinte blanche d'un maillot, un grain de beauté très bas sous son nombril, une toison presque noire... Et la ligne impertinente d'une fente encore muette...
- Tu es seul ?
- Pardon ? ... Là ? ... Oui...
- J'ai froid, dit-elle. Je vais dormir...
Elle se lève. Traverse la pièce...
D'un mouvement ample qui la dépouille de son plaid, elle étale son sac de couchage, s'offre candidement à la lumière des premiers éclairs et disparaît dans le duvet. Je rejoins donc le mien, à côté d'elle, me déshabillant en catimini...
L'orage explose ! Agressif, électrique. La foudre frappe en continu les sommets alentour et renvoie ses éclats par l'unique fenêtre du refuge qui frémit de toutes ses planches. De temps à autres quelques roches dévalent les pierriers voisins, ricochent ici ou là dans un bruit de canonnade.
- Mais c'est quoi, ça, dit ma voisine... La fin du monde ?
- Pas encore. Dors...
- Tu en as de bonnes ! Avec ce bordel... Et puis j'ai froid !
- Fallait mettre un pull... Ou une culotte...
- Et puis non, j'ai pas froid en fait... J'ai peur, voilà ! Pas toi ?
Je me dispense de répondre, parce qu'en réalité je n'en mène pas large ! Je cherche quelque chose pour la rassurer, j'ouvre la bouche pour le lui dire mais reste coi lorsque je vois sa silhouette irréelle se dresser... Son corps luit par intermittence dans le stroboscope des éclairs. Et c'est un ralenti de son mouvement vers moi... Un bras, un autre, des seins tendus dans la lumière, une hanche qui se creuse... Elle se glisse dans mon sac de couchage. Ses jambes se mêlent aux miennes, son sexe contre ma cuisse, le mien sous ses doigts, son nez dans mon cou...
Son odeur, son odeur, son odeur...
- Tu sais... Moi, quand j'ai peur...
Commentaires
Oh, vous !!!
Moi, quand j'ai peur, je saisis mon "doudou" dans le noir au creux de mon lit... et je le tripote, ça me rassure...
je crois que ça lui plaît aussi à Lui ;-)
Quand j'ai peur ?..
... mais je n'ai plus peur, là, ces frissons-là ce n'est pas de peur !
Mmmm, magnifique, très touchant : j'adore !
"Son odeur, son odeur, son odeur"... magnifiée par l'ozone...
Il y a quelque chose de juvénile dans ce texte. Etonnant. Comme si la nature en ce déchaînant vous redonnait à vivre l'essentiel.
B
il n'y pas que cette photo de vous qui me plaise ....vos textes aussi...et celui-ci qui donnerait presque envie de se perdre en montagne....
Bises














