mercredi 29 avril 2009
Lettre inavouable
Très Chère,
Je ne vous cache pas que vos discrètes avances et l'intérêt délicat que vous avez manifesté à mon égard m'ont révélé de fort agréables perspectives... Je ne peux vous dissimuler non plus que les premiers mots que vous m'avez adressés ont attisé une braise qui n'attendait qu'un souffle pour embraser mes sens !
Aurais-je deviné dans ces brefs échanges la sensualité généreuse qui vous anime ? Que dis-je, généreuse... En quelques phrases, vous me permettez de vous dévoiler, vous m'incitez à vous mettre à nue : amoureuse de désirs brûlants et de plaisirs voluptueux. Depuis, je ne peux me défaire d'une idée de vous que la décence devrait m'interdire de décrire ! Cependant, je n'entends pas tergiverser. J'aime parfois aller droit au but et, bousculant un peu la bienséance, appeler un chat une chatte et ne rien camoufler de mes mâles pulsions.
Vous êtes désir et vous suscitez ma convoitise, je vous sens gourmande et vous ouvrez mon appétit, vous êtes invitation et je m'invite en votre friande intimité pour partager jusqu'à plus soif le nectar de vos envies. J'imagine votre bouche exquise, votre sein frémissant, la courbe tiède de votre ventre, vos lèvres en fleur... Suis-je trop audacieux ? Oui, me direz-vous peut-être mais vous penserez que non, attendant que ma hardiesse mette à mal votre pudeur, ouvre les pétales de la déraison...
Réponse :
Très Cher,
La surprise de vos mots passée, je ne peux que ressentir un frisson me traverser. Je vous invite et vous ouvre les portes. La décence n'est plus de mise entre deux personnes friandes de plaisir.
Vos réponses me transportent au delà du raisonnable. Elles suscitent mes sens et me poussent à chérir l'idée d'un partage charnel. Votre audace ne me dérange point en ce qu'elle est attendue. La fleur ne demande qu'à éclore. Je fais alors appel à vos talents de jardinier. Serez vous capable de la chérir au point de la transporter vers des rivages d'où elle ne voudra pas revenir ?
vendredi 24 avril 2009
Gare au gorille ?
Il paraît que sur l'échelle comparative des grosseurs de testicules, l'homme se situe exactement entre le chimpazé et le gorille... Ce dernier, contrairement à ce qu'on pourrait croire, est affublé de castagnettes assez ridicules par rapport à sa taille imposante alors que le chimpanzé, plus petit pour ne pas dire plus chétif que son cousin, se trimballe une paire de coucougnettes qui imposent le respect !
Et pourquoi Dame nature aurait-elle ainsi différencié ces braves bêtes ?
Les scientifiques sont formels : il s'agit d'une sorte d'assurance sur la bonne transmission des gènes des espèces qui est fonction de la conduite des mâles avec leurs dames ! Si le bestiau n'a qu'une femelle, c'est le cas du gorille, il n'a pas besoin de beaucoup de sperme alors que le chimpazé qui est un coureur de jupons a besoin d'une plus importante production...
Voilà tout !
Autrement dit, le gorille est monogame et il a de petites roubignoles alors que le chimpanzé polygame est beaucoup plus sévèrement burné ! Quant à l'homme, lui, il sait pas trop : il est entre les deux. Mais on s'en doutait...
mardi 21 avril 2009
Recette locale
Après quinze heures de voyage en train, avion, autobus et attentes diverses... me voici arrivé, dans un hôtel inconnu, avec devant moi cinq heures pour venir à bout d'une crève monumentale et de son cortège de frissons, de coups de fièvre et de maux de tête.
- Alors, en forme ? s'inquiète Chenoa, ma consœur locale venue prendre de mes nouvelles au téléphone.
- Non ! lui dis-je... Qu'est-ce qui est le plus économique dans votre pays : le rapatriement sanitaire ou le transport d'un macchabée ? Dans ce cas il n'y aurait qu'à patienter un petit quart d'heure...
- J'arrive, répond-elle illico...
C'est avec elle que je dois le soir même signer je ne sais quel partenariat lors dune conférence suivie de son inévitable pince-fesses. Je ne l'ai jamais vue : à 6000 kilomètres de distance on travaille par mail, par téléphone et je ne devine d'elle qu'une énergie communicative, une bonne humeur permanente et un sens pointu de la décision dans l'urgence...
Chenoa frappe, entre, m'embrasse chaleureusement et tout de suite, sur un ton qui n'admet aucune réplique :
- Bon ! Je vous prends : on passe au drugstore, je vous pose chez moi...
...Dans un dernier sursaut de lucidité, je réalise que je ne suis pas encore tout à fait mort puisque je note qu'elle a les yeux gris bleu, qu'elle est brune, beaucoup plus jolie que je ne pensais, presque ronde mais pas vraiment (j'adore les fausses rondes ou les fausses maigres, c'est selon), qu'elle porte une jupe courte façon tailleur sport et que sous son chemisier bleu pâle ses seins tressautent un peu à chacun de ses pas...
- ... je vous donne ce qu'il faut, je vous fais une tisane et ce soir vous rugirez comme un lion !
Une tisane ? Pas le temps de protester : elle a déjà saisi mon sac et me traîne jusqu'à sa voiture où je m'affale en lorgnant sur ses genoux... Je me souviens vaguement du drugstore où, plantée devant les rayons elle remplit son petit panier de fioles énigmatiques tout en s'entretenant avec le vieil indien, tenancier des lieux... Le reste est un peu brumeux, entrecoupé d'éternuements, de quintes moribondes et de pointes de fièvre qui doivent avoisiner les 48° à l’ombre...
Un peu plus tard, mollement répandu sur son sofa, je la vois du coin de l’œil s’affairer sur la table du living, trier ses emplettes, mélanger le contenu de ses flacons, réduire un truc innommable en bouillie pour me tendre enfin une capsule grisâtre et un bol de...
- Qu’est-ce que c’est ?
- Chez vous c’est de l’aspirine... Ici aussi d’ailleurs, mais en fait, c’est mieux.
- Ah... Et ça ?
D’un menton dubitatif je désigne le bol fumant...
- Une recette qui me vient de ma défunte grand-mère Micmac. Radical !
- Oui, mais ces choses, là, qui flottent...
- Ne faites pas l’enfant... Buvez ! Et d’un trait s’il vous plaît...
Au point où j’en suis... Une odeur d’œuf pourri, un goût prononcé d’ail, des relents de vase à marée basse... Je bois, puis me rince le gosier d'un arrache-gueule qui doit lui servir à décaper des vieux vernis...
- Ça, c’est un vieil alcool où je fais macérer des testicules de castor... Mais noooon, je plaisante ! Et maintenant, tout nu sous la couverture : faut laisser agir !
- Tout nu ? M’enfin...
- Allez, allez... Et ne vous inquiétez pas des effets secondaires, lance-t-elle en sortant !
Je proteste d’autant moins qu’une sorte de somnolence me terrasse, rapidement peuplée de castors qui me poursuivent, déterminés à grignoter mes bijoux de familles... Pour leur échapper, je cours à poil dans la forêt, attributs ballottant entre mes jambes, tandis qu’une troupe d’indiens les encouragent de leurs chants, menés par une squaw aux seins ambrés et frémissants... Elle vient vers moi, s’agrippe à mes épaules et mon sexe soudainement durci s’érige alors comme un totem monumental au milieu d'une clairière... Le reste est confus...
Je me réveille deux heures plus tard... Dans une forme olympique, frais comme un gardon, vibrant de tous mes neurones, guéri, remis à neuf et nanti d’une érection séculaire plantée au milieu de moi comme un mât de cocagne ! "Vindieu !" me dis-je à mi-voix, "Me voilà bien gaillard..." Vaguement penaud tout de même, j’observe encore l’indiscrète proéminence de la couverture lorsque Chenoa, dévêtue d’une modeste serviette de bain entre dans la pièce...
- Alors, dit-elle... Ça va mieux ?
- C’est à dire que... Ma foi, oui. Redoutable votre tisane dites-donc ! Mais... Comment dire... Les effets secondaires sont un peu... embarrassants !
- J’avoue que je ne maîtrise pas tout dans cette recette... Voyons voir ça...
Elle a un petit air félin qui ne me dit rien qui vaille.
La serviette glisse sur ses hanches
Sa main glisse sous la couverture
La mienne glisse entre ses cuisses
Sa langue glisse sur mes...
vendredi 17 avril 2009
Voyage
Emmène-moi, dis...
Emmène-moi derrière tes yeux quand tu les fermes
Prends-moi, veux-tu...
Prends-moi dans ton silence, juste au bord de tes lèvres
Emmène-moi, dis... Dans ton absence
Dans ta petite mort

mardi 14 avril 2009
Au bord du fleuve
Aborder...
Les rives mystérieuses d'une terre inconnue.
Aborder une inconnue.
Lui dire qu'on la trouve jolie.
Charmante. Séduisante.
Lui dire pourquoi...
Lui parler de son sourire,
d'un éclat surprenant du soleil dans ses yeux dorés
et du temps qu'il fait...
Douceur printanière, ciel clair et vif, sa jupe qui vole un peu, qui frissonne avec les herbes hautes au bord du fleuve... Reflets de l'eau sur la berge. Et sur le hâle de ses bras nus, comme du vif argent qui joue...
On dirait... Une peinture de Monet peut-être ?
Regard dubitatif,un brin moqueur...
Oui... "Femmes au jardin"... ou "La jeune femme à l'ombrelle" !
Elle rit.
Ce n'est plus la mode des ombrelles ?
Dites, vous n'avez jamais rêvé d'être dans un tableau ?
Elle lève un sourcil et dit vaguement que oui, peut-être...
Si ?! Attendez... Inclinez la tête de ce côté... Quelle lumière !
Lui dire que l'on pourrait faire une photo...
Mais si ! Oui, là, maintenant. Pourquoi pas...
Ne pas attendre
Lui emprunter son image, la saisir dans le viseur
Recommencer, changer d'angle... La prendre...
Elle remonte gravement une mèche brune sur son front.
Elle regarde l'objectif
S'imagine dans l'image.
Prise...
Mais... Les dames de Monet sont très habillées !
Renoir, alors ! La texture qu'il donne à la chair de ses modèles...
Douceur, tiédeur... Sensualité...
Comment ça, je dis n'importe quoi ?
Son débardeur glisse sur son épaule.
Dans mon viseur, ses seins pointent sous l'étoffe.
Elle s'étend sur l'herbe.
Sa jupe chiffonnée remonte sur sa cuisse nue, monte encore.
Vous savez... Oui, une autre...
Vous aimeriez... ?
Lui dire que l'on pourrait faire d'autres photos. Plus tranquillement, plus...
Chez vous, peut-être. Oui ? Vous aimeriez ?
Elle a pris ma main pour se relever.
Elle a chassé quelques brindilles accrochées à ses vêtements.
- Venez, dit-elle, c'est à deux pas...
Je pense à Renoir...
vendredi 10 avril 2009
Robinson 2
Il faisait froid, il neigeotait doucement et il y avait comme un parfum d'urgence indéfinie qui flottait autour de nous. J'ai ajusté le col de ton manteau, je t'ai poussée dans un taxi. Ça, je m'en souviens... Je m'en souviens d'autant mieux que, t'aidant à monter, je t'ai soutenue, j'ai posé une main sur ta hanche, l'autre au bas de tes reins et j'ai pris l'exacte mesure de ma soudaine et violente gourmandise pour ce corps chaud qui s'offrait sans se donner encore...La suite, ce n'est pas que je l'ai oubliée, non. Mais j'ai l'impression de l'avoir vécue comme si j'avais regardé la scène de l'extérieur et si, prenant quelques notes hâtives sur mon carnet, j'avais donné un autre sens à tout ce qui se passait...
D'abord, c'était une énorme voiture qui tanguait sur la neige et qui sentait le cèdre, comme lorsque les Amérindiens en font se consumer la poudre au cours de leurs rituels et j'ai eu la vision fugace d'une Julie extasiée, s'enivrant d'odeurs d'encens et de vanille... Je me suis assis à mon tour et elle est venue se blottir contre moi, laissant à sa gauche au moins deux mètres de banquette vide... J'ai senti sa chaleur. Elle avait froid mais je sentais sa chaleur à travers nos vêtements ! Ou alors je la supposais : elle devait brûler de l'intérieur. Et puis je me souviens avoir vu ses bas dans l'ouverture de son manteau. Ses genoux et ses bas, dont j'ai même aperçu le liseré de dentelles. "Une jupe par ce temps, ai-je pensé, elle s'est trompée de saison... ou de pays !" Et c'est parce que j'ai eu envie de la protéger, de la recouvrir, que j'ai posé ma main sur son genou, juste en dessus peut-être, que j'ai senti sous ma paume, le grésillement sensuel du nylon, puis que j'ai réalisé que quelques centimètres plus haut, sa peau blanche devait être nue.
Et de la même façon que, un peu plus tôt au milieu de la foule, j'avais eu sauvagement envie de voir ses seins nus sous son pull pour les saisir et les mordiller, je n'ai pu m'empêcher de désirer cette chair blanche faisant une petite dépression à la lisière de la jarretière, tandis qu'elle se pressait encore plus étroitement contre moi, qu'elle ne cessait plus de me regarder avec ses yeux en amande et qu'elle avait passé sa main sous mon bras, la laissant reposer sur ma cuisse à quelques infimes soupirs de mon sexe raidi !
"Vous ne connaissez pas la ville..." lui disais-je inutilement... Elle me disait "Non..." et pensait à autre chose.
Ce n'est qu'en évoquant plus tard cet épisode que j'ai compris qu'elle attendait elle-même que mes doigts s'aventurent plus loin et que dans ce taxi, dans le dos du chauffeur, sans un mot, je me hasarde jusqu'au creux de son désir... "Et le mascaret, vous savez ce qu'est le mascaret ici, sur la rivière ? " Elle faisait non de la tête et je pensais "J'ai envie de ma main au creux de tes cuisses, de ton petit animal sauvage autour de mes doigts, j'ai envie que tu m'inondes"... et elle faisait oui du bout des yeux, sans savoir ce que j'imaginais...
Et le chauffeur disait "C'est-tu donc la première fois que vous venez ici ?" ou encore "Nous voilà rendus..."
Elle avait fermé les yeux.
Ma main musardait sous sa jupe...
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