vendredi 28 novembre 2008
Lettre à une Inconnue
Mon Inconnue, ma chère Inconnue…
Cela fait si longtemps…
Si longtemps que je ne vous connais pas !
Si longtemps, que mes pensées ont eu tout le loisir de vagabonder sur votre absence, d'en dessiner les contours et les courbes, de caresser vos hypothétiques desseins à mon égard, de butiner sur le bouquet délicat de vos désirs les plus secrets… Je rêve de vous, je l'avoue puisque je vous aime, et mon âme tout entière occupée par vos sortilèges n'aspire plus désormais qu'à l'exquise fusion de nos souffles…
Vous m'êtes indispensable, ma Précieuse. Vous m'accompagnez de vos rires légers, vous me nourrissez de votre lumière opaline, vous m'apaisez de votre transparence… Comme j'essaie moi-même d'être pour vous ce rêve insensé que vous faites toujours, depuis vos premiers émois de jeune fille, d'un amant vigilant, attentif à votre bonheur de tous les instants… Vous êtes celle par qui je suis...
Vous êtes ma source, je suis votre sourcier.
Je suis votre orage, vous êtes ma terre fertile.
Je suis votre montagne, votre roc
Vous êtes ma douce et riante vallée.
Vous êtes mon Eden...
Venez, mon Inaccessible.
Je vous attends…
Viens...

mardi 25 novembre 2008
La fin du monde
La première fois que tu t'es réfugiée dans mes bras, c'était la fin du monde !
Pas la vraie fin du monde avec la terre qui s'ouvre en deux, des nuages noirs qui roulent et les trompettes du jugement dernier qui hurlent, non, mais un cataclysme sans nom qui s'abattait sur toi parce que ta voiture était en panne, parce que tu avais cassé la clef dans la serrure et parce qu'en essayant d'entrer par la portière passager tu avais filé ton collant… Pour faire bonne mesure, tu avais laissé choir dans le caniveau des documents qui paraissaient au moins aussi précieux que la prunelle de tes beaux yeux bleus. Sous la pluie, tu tentais désespérément de les essorer un peu, penchée sur le capot de ta 205 sans trop te soucier de ta jupe qui remontait…
Je passais là par hasard. Et lorsque je t'ai demandé si je pouvais quelque chose pour toi, tu t'es effondrée dans mes bras et j'ai deviné que la fin du monde n'avait pas dû tomber très loin. Mais je n'ai pas senti que cela… Tu sanglotais sur mon épaule et, le nez dans tes cheveux bruns, j'ai découvert ton odeur de muguet, la blancheur de ton cou et la douceur tiède qui émanait de ton corsage humide.
Toi, tes papiers, ton sac, tes larmes, je vous ai entraînés dans le bistrot d'à côté. J'ai compris que tu avais manqué ton rendez-vous avec Untel, que jamais ce vieux con de conseiller des Editions Machin n'accepterait plus de te recevoir, que c'était foutu. "Comment voulez-vous qu'il lise ça" disais-tu en chiffonnant un peu plus les feuillets d'un manuscrit… Je te disais "on peut toujours essayer"… Et je lisais tes textes tandis que tes lèvres s'avançaient avec précaution sur le bord de la tasse, que tu buvais ton café brûlant à toutes petites gorgées et que, d'une main légère, tu cachais ton décolleté qui baillait. Sous ton chemisier blanc, tes petits seins nus frémissaient… "Et si vous appeliez Untel pour l'avertir ?"
… Untel n'était pas encore là... "Vous voyez, il y a de l'espoir ! Bon, je vous emmène, ma voiture est là…" Je ne sais pas comment je t'ai convaincue ! En chemin, je t'ai trouvée une boutique pour acheter des bas "Pas un collant, n'est-ce pas ? Des bas…" Tu m'as jeté un œil méfiant "Des bas ? Vous croyez ? - Oui. Des bas, j'en suis sûr…" Et quand tu es revenue, je ne sais pas si tu l'as fait exprès, en t'asseyant tu n'as pas tiré sur ta jupe, tu l'as laissée à la limite de la lisière de dentelle : "Ca ira, vous pensez ? – C'est parfait !" Il y avait sur tes lèvres un petit sourire que je ne connaissais pas encore et la pluie s'est arrêtée…
Aux Editions Machin, je t'ai accompagnée jusqu'au bureau de ce vieux con d'Untel. Tu n'en menais pas large parce que je saluais tout le monde et que tout le monde te disait bonjour gentiment. "Oui, c'est vrai… Je ne vous l'ai pas dit, mais je le connais un peu… Untel…" et nous sommes entrés dans le bureau vide où tu as recommencé à paniquer… "Je suis comment ?" : tu t'accrochais à mon regard comme à une bouée de sauvetage. Et moi je commençais à fondre devant ton air perdu, tes boucles brunes et tes yeux bleus ouverts sur l'avenir. Tu lissais ta jupe, tu tapotais ton col, tu as refermé un bouton "parce que bon, tout de même… qu'est-ce qu'il va penser…" Tu riais... et puis d'un coup, tu t'es de nouveau jetée dans mes bras pour me donner sur la joue un baiser propre à illuminer les trois prochains siècles.
"Vous êtes parfaite, Emilie… Asseyez-vous, je vous en prie…"
Et je me suis installé derrière mon bureau.
"Emilie comment, déjà ? Ah oui… Bon alors… Racontez-moi tout…"
Dehors, c'était le printemps...
lundi 24 novembre 2008
Lecture du soir
Vint une période où Agnès eut quelques exigences...
Des rituels ou des manies qu'elle posait comme une juste contrepartie de ce que je lui faisais subir, disait-elle ! Elle décréta donc un jour qu'elle ne s'endormirait plus le soir sans que je ne lui propose un peu de lecture. Ma voix, disait-elle, lui était désormais indispensable pour trouver un sommeil paisible sans lequel elle ne se sentait plus à même d'entretenir une libido que je trouvais pourtant particulièrement développée... Quoiqu'il en soit, je dus m'exécuter.
Je m'installais donc sur un fauteuil près du lit et je lui lisais quelques morceaux choisis de ma bibliothèque... Elle fermait les yeux, soupirait, se mordait la lèvre et généralement réclamait assez vite ma présence à ses côtés pour débattre et s'ébattre sur ce qu'elle venait d'entendre. Nous convînmes donc de sauter l'étape du fauteuil : je lui fis désormais la lecture mezza voce, allongé à ses côtés...
C'est là que les choses se compliquèrent un peu. Tout ce que je connaissais de la littérature érotique y passa, depuis Sade jusqu'à Françoise Rey, sans oublier Anaïs Nin, Restif de la Bretonne, Clara Basteh et encore moins Casanova ou Musset. Il fallut même que je plonge dans la littérature chinoise qui, entre nous, vaut le détour ! Puis, faute d'ouvrages immédiatement disponibles, j'eus bientôt recours à mes propres histoires. Je les improvisais parfois sur le vif et je lui fis comprendre que tout ce que je lui racontais pourrait bien lui arriver un jour ou l'autre.... Les yeux clos, Agnès écoutait, frissonnait sur certains passages, vibrait aux allusions suggestives. Ajoutant à ma voix la délicatesse persuasive de ses doigts, elle s'agitait sans équivoque sous les draps dont la houle légère trahissait le plaisir qu'elle prenait... Il lui arrivait même de jouir avant la fin de ma lecture. Mais si alors je faisais mine d'interrompre le cours de mon récit, elle réclamait la suite et, tout en poursuivant ses caresses d'une main, pour donner plus de corps à ce que je lui racontais, elle se saisissait littéralement de moi, et me masturbait de l'autre au gré de ses émotions qui montaient de nouveau, aussi sûres que la marée...
Dès lors, l'exercice prit un tour plus sportif ! Je mettais un point d'honneur à résister à ses manœuvres et détournais mon désir croissant au profit d'une lecture plus bandante encore qui me conduisait moi-même au bord de l'implosion ! Entre ses cuisses qu'elle serrait comme un étau autour de la mienne, je sentais ses doigts s'agiter et provoquer un chapelet de spasmes inachevés qui me semblaient s'enchaîner indéfiniment... Haletant sous la torture d'une érection minérale qu'elle entretenait consciencieusement d'une main de velours ou de sa langue mutine, stoïque, je poursuivais... Et je guettais l'orgasme définitif.
Il arrivait, dévastateur, et la laissait inanimée en travers du lit, gisant parmi mes feuillets froissés sur lesquels, enfin, je pouvais lui faire l'amour...
jeudi 20 novembre 2008
Traitement de choc : le retour !
Très inspirée par le récit Traitement de choc que je vous invite à relire, et s'identifiant au personnage, Val (de Val-Temptation) m'a proposé cette version de l'histoire, son point de vue en quelque sorte ! Quelque chose comme un contre-champ cinématographique sur une fessée...
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Drôle d'idée que j'avais eue : rédiger un mémoire sur l'inspiration et le travail d'écriture romanesque ! Ce qui impliquait un "stage d'observation" chez un auteur. J'en connaissais un, que je considérais un peu comme mon parrain, scénariste, auteur de nouvelles pour adultes qui plus est ! Et il avait accepté de me recevoir toute une journée…
Pièce de travail vaste et claire. Bureau sous la fenêtre, un Pc portable, des carnets, deux ou trois dictionnaires posés dessus, et derrière lui, une grande bibliothèque où s'entassaient toutes sortes d'ouvrages, de livres… Et puis des gravures aux murs ! Des gravures libertines sur lesquelles, l'air de rien, je posais des regards curieux… On parla un peu… Puis il finit par me dire avec un drôle d'air que ma présence lui donnerait peut-être quelques idées... J'ai pris ça comme un compliment, bien sûr ! Il a avancé une bergère, à droite de son bureau et m'a invitée à m'asseoir. J'avais un bloc-notes sur les genoux pour consigner mes impressions, son attitude, ses paroles, voire ses moments de doute et de solitude ! Et j'étais assise de manière à pouvoir lire aussi sur son écran.
- Là... je vous gène pas ?
Il ne me répondit que par un demi-sourire de ses yeux plissés… Nous étions convenus que mes interventions se limiteraient aux questions essentielles. Mais bien vite, mon côté juvénile cherchant à tout comprendre reprit le dessus et au fur et à mesure que ses phrases prenaient forme...
- Vous vous inspirez de quoi, là ?
- …
- Vous avez vécu ça aussi ?
- …
- Oups ! Vous avez fait ça avec votre femme ?
-…
Je voyais défiler des mots sur l'écran : soumission, tentation, exhibition, punition… Fellation... Je notais. Je tentais de décrire ses émotions, mais c'étaient les miennes qui commençaient à me submerger ! Tandis que ses doigts agiles pianotaient sur le clavier... mon esprit vagabondait, mes mains étaient moites, mon cœur s'accélérait et je me sentais parcourue d'une onde frissonnante. J'avais envie de me rapprocher de lui, de ne plus être une simple voyeuse mais une actrice de ses fantasmes, de ses envies, de ses désirs... j'avais du mal à tenir en place et ces mots me brûlaient les lèvres... Je voulais savoir, comprendre, apprendre... Mais il me semblait soudain un peu agacé par mes questions…
- Vous écrivez souvent des trucs cochons ?
- Humm…
- Et ça vous fait quoi de les écrire ?
- …
- Vous pouvez me les lire ? Je suis assez ouverte pour comprendre et interpréter, vous savez !
En fait, j'étais en train de l'exaspérer ! D'un coup, il fit pivoter son siège et me fit face !
- Viens là !
Surprise par le ton de sa voix, j'ai eu un mouvement de recul sur mon siège…
- Pourquoi ?
- Tu verras bien. Viens là, je te dis...
Je me suis levée et me suis approchée timidement de lui…
- Plus près !
Son bras se détendit alors comme un cobra et avant même que je réalise, sa main avait saisi la ceinture de mon jean.
- Mais...
En une fraction de seconde ses doigts firent sauter les boutons de mon pantalon et d'un geste sec, il le baissa, entraînant aussi mon string !
- Mais... mais...
Je tentais de reculer, mais mes pieds enchevêtrés dans mon pantalon me firent perdre l'équilibre. Je lâchais mon bloc pour me raccrocher... à lui, il en profita pour me coucher en travers de ses jambes !
- Parfait ! dit-il de façon jubilatoire !
J'étais furieuse ! Contre moi, contre lui... La honte de me retrouver ainsi n'avait d'égale que la surprise de son comportement... J'essayais maladroitement de me redresser. En vain ! Et j'imaginais mes fesses offertes à ses regards, à sa merci... De sa main gauche, il me maintenait fermement allongée sur ses genoux.
- Mais... Noooon...!
Une claque sèche s'abattit sur ma fesse droite. Aussitôt je ressentis la chaleur irradier... Puis ce fut la fesse gauche... et la droite... puis de nouveau la gauche... Je criais, je jurais contre lui, le traitant de tous les noms, de salaud, de vicieux de vieux con, mais rien n'y faisait ! Les larmes de circonstance coulaient sur mes joues, alors que sa main, métronomique, s'abattait avec la même conviction et la même force... Je finis par baisser pavillon, le derrière en feu, plus sensible à l'idée de ses doigts qui me marquaient qu'à la brûlure de ses claques ! Et quand il cessa enfin, je fus presque surprise !
Il m'aida à me relever, ramassa mon bloc-notes, me le tendit…
- Maintenant, tu te mets dans le coin là-bas, et tu me fous la paix ! Compris ?
Il me désignait l'angle de la pièce à sa droite, près de la fenêtre… Je dus presque sautiller en reculant pour m'y rendre. Puis je tentai de réajuster mon chemisier qui s'était largement ouvert sous les effets de mes gesticulations. Il tendit un doigt vers moi :
- Et tu ne bouges plus, s'il te plaît !
J'obéis, abandonnant d'un coup toute idée de recouvrir mes seins sur lesquels je sentais encore le contact de son pantalon de velours, ou de remonter mon string et mon jean. Et alors que je me demandais ce qui venait de m'arriver, prise entre la honte d'avoir été ainsi fessée sans autre forme de procès et la sensation de ce désir étrange qui me prenait au ventre, ravalant mes sanglots, je me surpris à admirer cet homme, ce bourreau qui, tranquillement, avait repris la suite de son scénario...
Val
mercredi 19 novembre 2008
Ceintures

La ceinture de ©Emma vient s'ajouter à la collection qui n'attend que d'être enrichie par vos soins et vos contributions diverses...
Les "Ceintures"
de l'Eronaute,
sont à voir ICI...
lundi 17 novembre 2008
Instantané volé
Brune... 35 ans... Yeux noirs... Café et plus, si affinité !
Me suis perdu dans l'ombre dense de ses cuisses serrées...
N'y ai jamais trouvé que la trace d'un désir non identifié.

mardi 11 novembre 2008
Glissement progressif
Juste du coin de l'oeil. Je passe devant votre porte entrouverte et juste du coin de l'oeil, je vous aperçois puis je vous regarde un instant, parce qu'il y a sur votre robe, là, un reflet de lumière qui accentue admirablement la courbe de votre fesse gauche...
Je poursuis mon chemin dans le couloir sombre. Un pas seulement... Et je reviens, parce que vous ne bougez pas, appuyée des deux mains contre le mur, les reins légèrement creusés. Vous attendez... Vous réfléchissez, vous rêvez... Je ne sais pas. Vous attendez, suspendue entre deux choses, entre deux mouvements... Un petit tas de lingerie à vos pieds... A votre épaule, la bretelle de votre robe n'est plus retenue sur votre dos à moitié nu que par votre immobilité. Alors j'attends : il suffirait de si peu pour que l'étoffe glisse...
Je pourrais entrer dans votre chambre...
Silencieusement. La faire glisser moi-même cette robe. Elle coulerait gracieusement sur vos hanches, elle s'étalerait en corolle autour de vos pieds, je l'accompagnerais en me baissant, vous effleurant de mes lèvres et puis je remonterais mes mains le long de vos jambes, de vos cuisses et je prendrais votre taille... Vous vous sentiriez moins nue. Puis je les poserais sur votre ventre et puis sous vos seins... Et puis sur votre gorge... Vous sentiriez sur vos reins la boucle froide de ma ceinture et sur vos fesses, le velours de mon pantalon...
Ou alors, je pourrais entrer, poser mes mains sur vos cuisses, juste au bas de votre robe, pour la trousser jusqu'à votre taille, pour découvrir votre cul que la lumière prend si bien. Je me collerais contre vous et vous sentiriez sur vos fesses...
... Il n'a pas du se passer trois secondes ! Posté dans l'embrasure de votre porte, je vous regarde et je sens, soudain et incongru dans le couloir de cet hôtel, mon désir gonfler, impérieusement. Alors je bats en retraite, je fais un pas discret en arrière et c'est juste quand je ne vous vois plus que je vous entends dire :
- Viens...
(Collaboration artistique : ©Vallisnéria)
vendredi 7 novembre 2008
Baroque bourgeois
A ma connaissance, tout le monde ne peut pas se vanter de tenir le rôle de "bronze rococo sur la cheminée d'un appartement cossu du Marais, à Paris"… C'est pourtant ce qui m'est arrivé, et je n'en suis pas peu fier !
Marie-Anick de W. recevait cet après-midi là une poignée d'amies, et l'on m'avait convié pour une petite causerie sur l'érotisme postcolonial auquel, d'ailleurs, je dois à la vérité de dire que je ne connais pas grand-chose ! Mais ces dames s'en moquaient apparemment, n'y connaissant rien non plus et se satisfaisant de petites histoires égrillardes que j'improvisai sur place… Tout allait donc fort bien pour tout ce petit monde qui s'émoustillait à vue d'oeil : le thé coulait à flot tandis que les petits-fours circulaient, subtilement présentés par deux accortes soubrettes que l'on avait affublées de vêtements africains traditionnels, du moins tels que se les représentait Madame de W. Les pauvres filles, couvertes de colifichets qui barloquaient entre leurs seins nus, allaient et venaient dans le plus simple appareil, réfugiant leur pudeur et leur confusion sous un ersatz de pagne en méchante étoffe.
J'en étais à l'évocation de la sculpture artisanale et de l'usage rituel de certaines figurines pour l'édification des filles togolaises lorsque malencontreusement, je fis allusion à de troublantes analogies avec la statuaire romaine que l'on recopia en France au 19ème siècle pour la décoration des salons bourgeois. Une certaine Nadège, la cinquantaine alerte et le sillon mammaire mutin, fit alors une suggestion qui me stupéfia d'autant plus qu'elle fut acclamée par la petite assemblée. Marie-Anick elle-même, qui avait sans doute abusé du thé au gingembre, insista avec une telle conviction que je dus finalement prendre la pose et montrer l'équivoque abandon du fameux "Chaman impudique" exposé au musée de Lomé et dont le pénis dressé, patiné à force d'attouchements superstitieux et séculaires fait encore, dit-on, beaucoup d'effet...
Mais l'affaire se corsa lorsque Nadège fit remarquer avec un air qui m'inquiéta un peu, que l'on ne s'embarrassait pas en Afrique et encore moins à l'époque, de l'entrave mensongère d'un complet veston… Devant la fièvre soudaine de mon auditoire, mes protestations n'eurent que peu d'effet ! Et c'est ainsi que je repris la pose, en caleçon cette fois, sur le dessus de la cheminée monumentale, encadré par les deux soubrettes qui faisaient paraît-il couleur locale et veillaient à entretenir ma position. C'est l'une d'entre elles du reste, qui sur un signe de la maîtresse de maison me confisqua traîtreusement mon caleçon. "Juste pour la photo !" dit Marie-Anick brandissant déjà son Nikon. "Mais… mais… mais…" disais-je…
J'ai su quelque temps plus tard que Madame de W. avait confié les clichés à un sculpteur de sa connaissance...

Et c'est depuis cette histoire que je veille, tel un thaumaturge de bronze, aux égarements de Marie-Anick et de ses amies dans un salon bourgeois du Marais… Que ceux qui ne me croient pas aillent donc sonner à un certain appartement de la rue de la Verrerie, donnant sur un jardin paisible dans le 4ème arrondissement. C'est au troisième étage, sans ascenseur…
mercredi 5 novembre 2008
Paysage romantique
Dans la série des Paysages, celui que peut éventuellement contempler un chef d'orchestre... On ne s'étonnera plus dès lors, de le voir s'agiter comme fou dans la fosse, ne sachant plus où donner de la baguette ! Paysage romantique, ce n'est pas tout à fait, pour les puristes et les amateurs de danse classique, l'expression qui convient. Le tutu que l'on voit ici n'est pas un tutu romantique... En revanche, il s'agit bien d'un paysage comme je les aime : évocateur et suggestif, il ne se donne pas au premier venu.
Accessoirement, nous signalerons le mystère (relatif) de l'origine de ce mot "tutu" apparu à la fin du 19ème siècle, dont l'étymologie est quasi inexistante dans la plupart des dictionnaires qui le signalent comme une onomatopée ! Erreur pudibonde... Le tutu n'est jamais qu'une édulcoration enfantine par altération de cucu, lui-même diminutif par doublement de cul. Et tout s'éclaire : court accessoire vestimentaire de gaze ou de tulle, le tutu n'est là que pour mettre en valeur le cul des danseuses qui adorent ça ! La danse classique n'est-elle pas la plus sexuée, la plus suggestive des expressions artistiques ? Quant à la version longue du tutu dont l'usage est plus tardif, elle apporte un peu décence dans des ballets plus romantiques...
lundi 3 novembre 2008
Vol de nuit
Sa main a glissé et s'est posée délicatement sur ma cuisse gauche...
J'allais m'endormir. Je crois... Je ne me souviens pas exactement. Ce n'est jamais facile de se souvenir exactement... Je veux dire, l'enchaînement des choses. On retient des parcelles, des débris, puis on les assemble pour en faire une histoire, et on croit se souvenir...
Deux heures plus tôt, elle s'était présentée au contrôle d'embarquement juste devant moi. Je l'ai remarquée à cause de l'attitude de l'agent qui, après le portique, lui passait le détecteur manuel sur tout le corps. Il me semble bien que je me suis interrogé sur la façon dont elle aurait pu dissimuler quoique ce soit sous ses vêtements. Bras écartés, elle s'était laissé faire, l'air absent, jusqu'à ce que le préposé remontant son appareil trop vivement lui retrousse la jupe sur ses fesses. De jolies fesses moulées dans un slip de satin blanc... Elle s'était retournée, un peu embarrassée. Elle avait vu que je la regardais, elle m'avait souri d'un sourire penaud, presque enfantin, puis elle avait rassemblé ses bagages et disparu dans la foule des passagers...
Après, je ne me souviens pas bien. J'ai fait comme tout le monde je suppose : j'ai attendu l'embarquement et j'ai tué le temps en buvant un café, en cherchant un hypothétique cadeau de dernière minute dans un duty free. Je l'ai peut-être aperçue de loin tandis qu'elle achetait un livre. C'est ça... un gros livre à la couverture colorée, juste avant que l'on nous appelle pour l'embarquement. Après… Après, je ne sais pas. Il y a eu le sourire de l'hôtesse, l'inévitable piétinement dans l'allée, l'odeur écœurante du kérosène…
J'étais déjà installé lorsqu'elle est arrivée. Fauteuil près du hublot, à ma gauche... Gymnastique habituelle, contorsions diverses pour ranger les sacs dans le coffre, on se marche sur les pieds, elle lève les bras, je vois son nombril, je lui donne un coup de main, je la laisse passer, on se frotte un peu, ses seins tutoient brièvement mon torse, visages à cinq centimètres, nos yeux se croisent puis on regarde ailleurs... On s'assied. "Bonjour... Bonjour ! Oh, je vous ai vu au contrôle... Oui, moi aussi..." Elle rougit. Je crois. Peut-être pas ! Dans une histoire, ce serait bien qu'elle rougisse à ce moment là. Mais non, en fait.
Après le repas, la cabine a été plongée dans la pénombre. Il restait encore cinq heures de vol. Elle s'est enroulée dans sa couverture pour dormir. Un peu après, elle m'a demandé si elle pouvait mettre la mienne en plus... "Enfin, sur nous deux, comme ça... C'est mieux, non ?" En réalité je ne sais pas trop comment c'est arrivé, mais nous nous sommes retrouvés sous les deux couvertures, comme un vieux couple habitué aux vols transcontinentaux. Elle a même relevé l'accoudoir central parce que ça lui faisait mal, là... Puis elle a dormi ! Du moins elle n'a plus bougé, et moi je n'osais pas trop bouger non plus parce qu'elle a laissé tomber sa tête sur mon épaule gauche et que je ne voulais pas la déranger. Elle était recroquevillée, les jambes ramenées sur le siège, en chien de fusil, la main droite sous son menton, la joue contre mon épaule et le bras gauche sur son genou qui s'appuyait sur ma cuisse... Difficile à expliquer... Mais en gros c'était comme ça. Une sorte d'intrication complexe de membres dans la tiédeur inattendue de couvertures sous lesquelles je trouvais que ça sentait bon...
Et donc, sa main a glissé sous les couvertures. Elle a glissé, ou alors ça s'est passé autrement, je ne sais pas trop parce que, justement, je commençais à m'endormir. Sa main s'est posée délicatement sur ma cuisse gauche. Voilà. Ça j'en suis sûr ! Même que dans mon demi-sommeil je me suis cru chez moi avec la main de Légitima qui s'agitait doucement sur ma cuisse. Parce que sa main a opéré une tranquille reptation vers le haut jusqu'à se retrouver là où je ne pouvais pas imaginer une heure plus tôt qu'elle se retrouverait ! Et je me souviens alors avoir été très perturbé parce que ma ceinture était défaite et mon pantalon vaguement ouvert ! Il se trouve que lorsque je voyage en avion, je retire toujours mes chaussures et j'ouvre mon pantalon... En général, personne ne le sait. Mais là...
J'ai d'abord retenu ma respiration...
Je me disais que si elle se réveillait, elle prendrait peut-être ça très mal. Mais en définitive, je ne suis plus très sûr aujourd'hui qu'elle dormait et je ne sais plus au juste ce que je pensais. Je me demande d'ailleurs si je pensais quelque chose. Sa main s'immisçait franchement, se jouait des obstacles, pour se saisir enfin de ce qu'elle ne pouvait plus manquer de trouver à ce stade. J'ai repris ma respiration au rythme tranquille de ses mouvements et pour ne pas être en reste, j'ai laissé ma main gauche partir en exploration entre ses cuisses. Je trouvais ça, dans la promiscuité de la cabine et la rumeur sourde des réacteurs, extrêmement osé mais terriblement excitant. Est-ce que j'ai été plus surpris par l'humidité de la petite culotte rencontrée en chemin ou par le fait qu'elle prenne discrètement une position plus confortable ? Je ne sais plus... Cela fait partie des détails que j'ai oubliés. J'ai juste le souvenir d'une peau tiède, d'une toison fine et légère, de l'infime ondulation des couvertures sous lesquelles elle avait disparu entièrement... Je me souviens aussi du moment où j'ai senti sa bouche gober mon sexe et l'ineffable contraction de sa chatte autour de mes doigts…
Comment nous sommes-nous réveillés ? Je me souviens de la collation du matin, juste avant d'arriver à Paris, du café brûlant et d'un croissant dont les miettes s'éparpillaient sur les couvertures chiffonnées à nos pieds, de sa main crispée sur la mienne à l'atterrissage, de l'empressement des passagers à quitter l'appareil… De sa jupe qui dansait alors qu'elle allait récupérer ses bagages… Et puis je ne l'ai plus vue ! Je ne sais pas pourquoi mais c'est un fait : je ne l'ai plus vue. Je ne sais pas comment je l'ai perdue. Je ne sais pas si elle m'a cherché, si elle m'a attendu quelque part…
Un jour je me suis dit que tout ça n'était jamais arrivé ! Je ne connais même pas son prénom. Je n'ai qu'un vague souvenir de son visage, des visions fugaces, l'illusion d'un parfum très doux qui pourrait bien être "Vol de nuit"… Des débris d'histoire. Mais non, je ne sais plus… De même, je me suis toujours demandé depuis d'où je tenais ce slip de satin blanc retrouvé dans ma poche lorsque plus tard, à Roissy, je cherchais de la monnaie pour payer la navette…
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