vendredi 7 novembre 2008
Baroque bourgeois
A ma connaissance, tout le monde ne peut pas se vanter de tenir le rôle de "bronze rococo sur la cheminée d'un appartement cossu du Marais, à Paris"… C'est pourtant ce qui m'est arrivé, et je n'en suis pas peu fier !
Marie-Anick de W. recevait cet après-midi là une poignée d'amies, et l'on m'avait convié pour une petite causerie sur l'érotisme postcolonial auquel, d'ailleurs, je dois à la vérité de dire que je ne connais pas grand-chose ! Mais ces dames s'en moquaient apparemment, n'y connaissant rien non plus et se satisfaisant de petites histoires égrillardes que j'improvisai sur place… Tout allait donc fort bien pour tout ce petit monde qui s'émoustillait à vue d'oeil : le thé coulait à flot tandis que les petits-fours circulaient, subtilement présentés par deux accortes soubrettes que l'on avait affublées de vêtements africains traditionnels, du moins tels que se les représentait Madame de W. Les pauvres filles, couvertes de colifichets qui barloquaient entre leurs seins nus, allaient et venaient dans le plus simple appareil, réfugiant leur pudeur et leur confusion sous un ersatz de pagne en méchante étoffe.
J'en étais à l'évocation de la sculpture artisanale et de l'usage rituel de certaines figurines pour l'édification des filles togolaises lorsque malencontreusement, je fis allusion à de troublantes analogies avec la statuaire romaine que l'on recopia en France au 19ème siècle pour la décoration des salons bourgeois. Une certaine Nadège, la cinquantaine alerte et le sillon mammaire mutin, fit alors une suggestion qui me stupéfia d'autant plus qu'elle fut acclamée par la petite assemblée. Marie-Anick elle-même, qui avait sans doute abusé du thé au gingembre, insista avec une telle conviction que je dus finalement prendre la pose et montrer l'équivoque abandon du fameux "Chaman impudique" exposé au musée de Lomé et dont le pénis dressé, patiné à force d'attouchements superstitieux et séculaires fait encore, dit-on, beaucoup d'effet...
Mais l'affaire se corsa lorsque Nadège fit remarquer avec un air qui m'inquiéta un peu, que l'on ne s'embarrassait pas en Afrique et encore moins à l'époque, de l'entrave mensongère d'un complet veston… Devant la fièvre soudaine de mon auditoire, mes protestations n'eurent que peu d'effet ! Et c'est ainsi que je repris la pose, en caleçon cette fois, sur le dessus de la cheminée monumentale, encadré par les deux soubrettes qui faisaient paraît-il couleur locale et veillaient à entretenir ma position. C'est l'une d'entre elles du reste, qui sur un signe de la maîtresse de maison me confisqua traîtreusement mon caleçon. "Juste pour la photo !" dit Marie-Anick brandissant déjà son Nikon. "Mais… mais… mais…" disais-je…
J'ai su quelque temps plus tard que Madame de W. avait confié les clichés à un sculpteur de sa connaissance...

Et c'est depuis cette histoire que je veille, tel un thaumaturge de bronze, aux égarements de Marie-Anick et de ses amies dans un salon bourgeois du Marais… Que ceux qui ne me croient pas aillent donc sonner à un certain appartement de la rue de la Verrerie, donnant sur un jardin paisible dans le 4ème arrondissement. C'est au troisième étage, sans ascenseur…
Commentaires
Vos "Mais… mais… mais…" ne devaient pas être convainquants :-)
Scupteur en herbe...
et surtout en argile et en marbre ! J'ai besoin de modèles si jamais, hein, vous savez comment et ou me contactez n'est-ce pas ?! Allerrrrr...
@ Gi
... Toujours en train de bourlinguer d'une mer à l'autre, vous allez peut-être devoir vous contenter de photos. Comme Marie-Anick de W ! Je suis sûr que vous ferez au moins aussi bien qu'elle.
@ Bougrenette
J'avoue que j'aurais pu l'être plus en effet...
Pfff !
D'une mère à l'autre oui ! Je ne me prénomme pas Marie-Anick et je ne sculpte la pâte à modeler qu'à partir de modèle réel, moa, Môssieur, pas de clichés car voyez-vous, moi, j'ai besoin de toucher !
















